La Norvège poursuit son désinvestissement

Le 05 février 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le fonds de pension norvégien réduit son exposition au risque climatique lié à l'exploitation du charbon.
Le fonds de pension norvégien réduit son exposition au risque climatique lié à l'exploitation du charbon.

L’an dernier, l’un des principaux fonds de retraite du royaume a black-listé 73 entreprises. La plupart n’avaient pas intégré le risque climatique à leur stratégie.

On peut être l’un des principaux producteurs mondiaux d’hydrocarbures et être très à cheval sur l’empreinte carbone des autres. C’est la situation dans laquelle se trouve la Norvège, en général, et ses fonds de pension publics, en particulier.

L’un d’entre eux, l’ancien fonds pétrolier, a publié jeudi 4 février son rapport annuel. L’occasion de lever le voile sur la stratégie du plus gros fonds souverain de la planète. Mis sur pied en 1990, le Forvaltningen Statens pensjonsfond (FSP) investit les revenus pétroliers nationaux pour sécuriser le paiement des retraites des 5 millions de Norvégiens. Dès 2004, un décret royal l’oblige à instaurer des critères sociétaux de sélection de ses investissements[1]. Actuellement, le FSP gère plus de 800 milliards de dollars (718 Md€) de participations, dans plus de 9.000 entreprises.

Décret royal

A Oslo, le désinvestissement ne date pas d’hier. Dès 2012, les actions de producteurs d’huile de palme non durables ont été remises sur le marché. Un an plus tard, ce sont les exploitants de mines de charbon qui ont fait les frais de l’évaluation environnementale norvégienne. Désormais, les analystes du fonds scrutent avec attention les empreintes carbone des entreprises avant d’y investir ou de s’en retirer. La motivation n’est pas seulement environnementale ou éthique.

Si le fonds norvégien a exclu de son portefeuille, l’an dernier, 73 entreprises, c’est d’abord parce que leurs activités sont trop exposées aux conséquences des changements climatiques (ou des négociations climatiques internationales). Comme n’importe quel investisseur, le fonds norvégien évalue les risques à devenir l’actionnaire (toujours minoritaire) d’une entreprise.

Préserver la rentabilité

Aux ratios habituels s’ajoutent, notamment depuis avril 2015, les émissions de gaz à effet de serre, l’intensité carbone (émission/chiffre d’affaires), la stratégie climatique, etc. A l’heure où l’on parle de supprimer les subventions aux énergies fossiles (l’un des objectifs du G20 pour 2016) et de laisser sous terre les deux tiers des réserves d’hydrocarbures et de charbon, plus question de financer, les yeux fermés, des activités qui pourraient cesser avant d’avoir atteint une rentabilité certaine. «Nous attendons des entreprises qu’elles rendent compte des conséquences de leurs activités sur leur environnement et des facteurs qui pourraient affecter leur rentabilité», résume Yngve Slyngstad, PDG du Norges Bank Investment Management, la structure dédiée par la banque centrale norvégienne à la gestion du fonds.

Problème: en matière climatique, les industriels ne sont pas encore en ordre de bataille. L’an passé, le FSP a évalué les politiques climatiques d’un millier de sociétés de secteurs jugés à risque (matériaux de base, chimie, pétrole et gaz, production d’énergie, automobile, transport, immobilier). Les résultats sont là: 70% des politiques mises en œuvre sont jugées «très faibles» ou «faibles»[2]. Seules 30 compagnies sont notées correctement (0,3% du panel). Sans surprise, le fonds norvégien a donc cédé, l’an passé, ses actions de 11 producteurs de charbon, 8 cimentiers, 16 électriciens utilisant du charbon, 4 papetiers.

Allègement de l’empreinte carbone

Et son bilan carbone s’en est amélioré. En 2014, le fonds norvégien estimait à 5 millions de tonnes équivalent CO2 (téqCO2) l’empreinte carbone annuelle de son portefeuille. L’an passé, ce chiffre flirtait avec les 4,3 MtéqCO2. Le gain d’un million de dollars contribue à l’émission de 128 tonnes de téqCO2, contre 159 tonnes en 2014 (-19,4%). Pour l’alléger encore, le FSP claironne à chaque assemblée générale d’actionnaires son souhait de voir les compagnies dont il est actionnaire réduire leur exposition aux risques climatiques. Ce qui n’est pas toujours suffisant.

 Le fonds de pension commence aussi à cibler les sociétés développant des «solutions au changement climatique et à la pollution». Les Norvégiens ont ainsi placé une cinquantaine de milliards de couronnes (5,2 Md€) dans plus de 220 producteurs d’énergies renouvelables (Iberdrola), de systèmes de gestion de l’énergie (Schneider Electric) ou proposant des services de dépollution (Veolia). Une autre vision du développement durable.

 



[1] Notamment vis-à-vis des entreprises produisant des armes, des éléments d’armes nucléaires, des cigarettes et celles qui pratiquent la corruption.

[2] Semblable évaluation a été faite sur le respect des droits des enfants par 480 entreprises: 80% d’entre elles n’ont pas ou peu de politique ad hoc.

 



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