La Norvège désinvestit (un peu) du pétrole

Le 08 mars 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La Norvège veut réduire son risque pétrolier.
La Norvège veut réduire son risque pétrolier.
Equinor

Oslo ne veut plus que le fonds souverain norvégien investisse dans les petites et moyennes compagnies pétrolières.

 

Après deux années de tergiversations, la décision est tombée ce vendredi 8 mars. La ministre des finances norvégienne va proposer d’exclure certaines compagnies pétrolières du portefeuille d’actions détenu par le fonds de pension global norvégien.

Dans son communiqué, Siv Jensen indique vouloir réduire la vulnérabilité du plus important fonds souverain de la planète «à la baisse permanente des prix du brut». C'est bien la préservation du rendement des investissements plus que l'allègement de l'empreinte carbone qui a prévalu dans le choix ministériel. Quoi de plus naturel pour un pays qui reste le premier producteur d’hydrocarbures d’Europe occidentale ?

Le fonds souverain scandinave va-t-il céder les 37 milliards de dollars (33 Md€) d’actions qu’il détient dans le secteur pétrogazier? Pas totalement. Oslo cible uniquement les compagnies ayant pour seules activités l’exploration et la production de pétrole et de gaz: l’amont, en langage pétrolier.

les petits, pas les gros

Parce qu’ils sont aussi présents dans l’aval (la distribution de produits pétroliers), la pétrochimie, voire les autres énergies, les grands groupes pétrogaziers ne seront pas exclus du portefeuille. Pour autant, certains choix laissent dubitatifs. La filiale thaïlandaise d’Esso est délistée, pas la française. Comprenne qui pourra.

La liste des ‘actifs échoués’ établie par le ministère des finances compte 134 petites et moyennes compagnies, dont 51 américaines, 27 canadiennes, 8 australiennes et 5 britanniques. Maurel et Prom est la seule entreprise française concernée. A la fin de l’année passée, leur valeur boursière totale était estimée à 70 milliards de couronnes (7 Md€). Peu de chose au regard de la valeur de la totalité des actifs détenus par le Norges Fund: plus de 1.000 Md$ (890 Md€).

investir dans les renouvelables

Siv Jensen justifie le maintien des Majors pétrolières par leur possible diversification dans des sources d’énergies renouvelables: «Ce sont les entreprises qui investissent massivement dans les renouvelables et cela continuera.» De fait, la compagnie pétrolière nationale, Equinor, ne risque pas d’être déclassée: le fonds norvégien n’en possède pas la moindre action. Total qui, en rachetant Direct Energie, a pris possession du portefeuille éolien de Quadran, est aussi à l’abri. De même que BP qui a récemment annoncé d’importants investissements dans les renouvelables.

la décision au parlement

Cette annonce aura-t-elle un effet d’entraînement? Difficile à dire. Certes, la plupart des compagnies figurant sur la liste des exclues chutaient en bourse aujourd’hui. Mais pour réduire significativement la valeur boursière de ces entreprises, le désinvestissement devra être plus massif. «Le fait que le fonds norvégien ne sorte pas complètement du pétrole réduit la portée de sa décision», estime un banquier parisien interrogé par le JDLE. De plus, rien n’est encore écrit. Pour avoir force de loi, la décision ministérielle doit encore être avalisée par le Parlement.



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