La nicotine, mère de toutes les addictions futures

Le 21 août 2013 par Marine Jobert
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Près de 70% des fumeuses ne renoncent pas au tabac quand elles tombent enceintes.
Près de 70% des fumeuses ne renoncent pas au tabac quand elles tombent enceintes.

Fumer pendant la grossesse prédispose votre enfant au tabac, à l’obésité et à l’alcoolisme. Voilà un message sanitaire choc qui pourrait être inscrit sur les paquets de cigarettes. Une étude américaine détaille, en effet, les mécanismes neurologiques de la nicotine sur des foetus de rats et leurs conséquences sur les rongeurs devenus adultes. Résultat: une appétence accrue pour le tabac, le gras et l’alcool.

Les femmes enceintes qui fument engendrent-elles forcément de futurs «accros»? Une étude menée sur des rates gestantes exposées à la nicotine montre que leur descendance développera un appétit aiguisé pour le tabac, la nourriture grasse et l’alcool. Conduits par Sarah Leibowitz, neurobiologiste comportementale à la Rockefeller University de New York, ces travaux ont été publiés le 20 août par le Journal of Neuroscience. Ces résultats alourdissent les charges qui pèsent sur le tabac et ses conséquences délétères sur le fœtus. Car il est déjà avéré, qu’il accroît le risque de grossesse extra utérine, de fausse couche spontanée, de prématurité, de retard de croissance in utero et de malformations fœtales. Cette question sanitaire est loin d’être anecdotique, quand 17% des femmes françaises continuent de fumer pendant la grossesse (pour 31% de fumeuses), comme l’a rappelé récemment une étude menée par Inserm[1], dans le cadre du programme Euro-peristat sur la santé des femmes enceintes et de leur enfant dans l’Union européenne.

 

 

Production accrue de neurones de l'addiction

L’étude américaine a consisté à injecter à des rates gestantes de faibles doses de nicotine, correspondant au volume qu’une femme enceinte absorbe lorsqu’elle fume une cigarette par jour. Les chercheurs ont ensuite observé le cerveau des ratons et leur comportement.

Au plan neuronal, ils ont constaté que l’exposition à la nicotine amplifie la production de certains neurones dans l’amygdale[2] et l’hypothalamus[3] des ratons. Des cellules qui entrent dans la production d’orexine, d’enképhaline et d’une hormone concentrée en mélanine; autant de neuropeptides qui sont décisifs dans la stimulation de l’appétit et accroissent les prises de nourriture. Devenus adolescents, les petits rats exposés in utero n’ont effectivement pas les mêmes comportements que leurs congénères «indemnes». Non seulement ils s’administrent plus volontiers de la nicotine, mais ils sont aussi attirés par la nourriture plus riche en graisse et boivent de l’alcool en plus grande quantité.

 

Ni patch, ni cigarette électronique

«Ces hormones peptidiques stimulent la prise de nourriture, explique Sarah Leibowitz dans Nature. Mais nous avons découvert qu’elles augmentent également la consommation de drogues et qu’elles stimulent les mécanismes neuronaux de récompense qui entrent en jeu dans l’addiction et dans la consommation de drogues.»

 

La progéniture des adeptes de la cigarette électronique ou de celles qui auraient opté pour les patches n’échappe pas au phénomène, puisque c’est l’apport de nicotine qui provoque cette surproduction de neurones. «Qu’elle soit apportée de façon sous-cutanée, comme dans notre étude, ou par la fumée ou par des patches, la même quantité de nicotine va aller au cerveau et affecter le développement neuronal et son fonctionnement», détaille Sarah Leibowitz. Des résultats d’autant plus notables que les effets se font sentir à des doses très faibles (0,75 et 1,5 microgramme par kilo et par jour).

 



[1] Inserm: Institut national de la santé et de la recherche médicale

[2] L'amygdale fonctionnerait comme un système d'alerte et serait également impliquée dans la détection du plaisir. Source: Wikipedia.

[3] L'une des fonctions les plus importantes de l'hypothalamus est de réaliser la liaison entre le système nerveux et le système endocrinien par le biais d'une glande endocrine: l'hypophyse. Source: Wikipedia.

 

 

 



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