La montée du CO2 pourrait favoriser la malnutrition

Le 09 mai 2014 par Romain Loury
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En 2050, un blé moins nutritif
En 2050, un blé moins nutritif
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La hausse du CO2 atmosphérique va entraîner d’importantes conséquences sur la qualité nutritionnelle des principales cultures, notamment sur leurs teneurs en zinc, en fer et en protéines, selon une grande étude publiée dans la revue Nature.

D’ici 2050, le blé pourrait voir sa teneur en zinc diminuer de 9,3%, celle en fer de 5,1% et celle en protéines de 6,3%. C’est ce que révèle l’étude publiée par Sam Myers,  du département de santé environnementale de la Harvard School of Public Health de Boston (Massachusetts), et ses collègues, la plus large jamais menée sur ce sujet.

Si un tel effet du CO2 avait déjà été observé en laboratoire, les scientifiques avaient à ce jour peiné à le démontrer en plein champ. C’est chose faite grâce à la technique FACE (Free Air Concentration Enrichment), qui a permis aux chercheurs de Harvard d’obtenir en milieu extérieur des concentrations de CO2 comprises entre 546 et 586 ppm (contre 400 ppm à l’heure actuelle), de l’ordre de celles attendues dans 40 à 60 ans si rien n’est fait pour infléchir la tendance actuelle.

Les chercheurs ont testé six grandes cultures (riz, blé, maïs, soja, pois et sorgho), cultivées jusqu’à 6 saisons consécutives sur 7 sites distincts, répartis entre les Etats-Unis, l’Australie et le Japon. Le verdict est sans appel: toutes les plantes dites «en C3», à savoir le blé,  le riz, le soja et le pois, voient leurs teneurs en zinc, en fer et en protéines chuter [1].

La situation est moins marquée pour les plantes dites «en C4»: aucun changement significatif n’est observé pour le sorgho, tandis que le maïs voit sa teneur en fer diminuer de 5,8%. Selon les chercheurs, cette différence avec les plantes en C3 s’explique par le fait que «les plantes en C4 concentrent déjà du CO2, ce qui résulte en une photosynthèse déjà saturée en CO2 aux conditions actuelles» -elles auraient donc une moindre sensibilité au changement.

2 milliards de personnes déjà carencées

Selon les chercheurs, une telle évolution de la qualité nutritionnelle au sein des grandes cultures pourrait avoir d’importantes répercussions en termes de santé publique. «On estime que 2 milliards de personnes dans le monde souffrent déjà de carences en fer et en zinc, ce qui entraîne la perte de 63 millions d’années de vie perdues chaque année», du fait de la malnutrition, rappellent-ils.

Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), 1,9 milliard de personnes vivent dans des pays, particulièrement ceux d’Afrique, où les apports en fer et en zinc sont à plus de 70% le fait de plantes en C3.

Les pays industrialisés ne seraient pas épargnés pour autant: une baisse des apports en protéines par rapport à ceux en glucides pourrait accroître le risque d’hypertension, de désordres lipidiques et de maladies cardiovasculaires. Selon une récente étude, de plus petite taille, la montée du CO2 pourrait engendrer une baisse de 3% des apports protéiques (voir le JDSA).

[1] Les plantes dites «en C3» et celles «en C4» recourent à deux modalités différentes de photosynthèse, selon la molécule sur laquelle se fixe l’atome de carbone issu du CO2.



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