La mondialisation, ennemie de la sécurité des aliments

Le 13 juin 2012 par Romain Loury
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Des intoxications plus difficiles à combattre.
Des intoxications plus difficiles à combattre.

Avec la complexité croissante du réseau alimentaire mondial, l'origine des intoxications alimentaires deviendra plus difficile à déceler que par le passé, prévoient 4 chercheurs dans la revue PloS ONE.

Premier constat de Maria Ercsey-Ravasz, de l'université de Notre-Dame (Indiana), et ses collègues: les flux commerciaux de denrées alimentaires ont augmenté plus rapidement que leur production. Entre 1998 et 2008, ils sont passés de 438 à 1.060 milliards de dollars (340 à 324,5 milliards d'euros), soit une hausse de 130%, contre seulement 40% pour la production.

Résultat: un réseau d'échanges extrêmement complexe, dont les chercheurs ont dressé le schéma grâce à la base de données ComTrade des Nations unies. Au cœur de cette inextricable pelote, un noyau de 7 pays (Etats-Unis, Allemagne, France, Pays-Bas, Royaume-Uni, Chine, Italie), chacun commerçant avec au moins 77% des pays du monde.

Selon les chercheurs, cette complexité croissante ferait peser une lourde menace sanitaire sur le consommateur. «Notre étude ne prévoit pas une hausse des intoxications alimentaires, mais dans les cas où elles surviendront, il y aura immanquablement des retards dans l'identification de la source, en raison de l'enchevêtrement du réseau», expliquent-ils.

Dernier exemple en date: l'épidémie massive de contaminations par Escherichia coli survenue en juin 2011 en Allemagne -suivie de quelques cas contractés en France. Il aura fallu trois semaines aux autorités pour imputer cette crise sanitaire à des graines de fenugrec originaires d'Egypte, après une fausse piste lancée sur les concombres espagnols. Trois semaines passées dans le brouillard, un temps précieux pendant lequel de nombreuses infections sont survenues.

Selon les chercheurs, cette mondialisation exponentielle des échanges, dont «plusieurs pays» tirent avantage en disposant de toutes les denrées «quelles que soient la saison et l'origine», ne pourra donc se faire qu'au détriment de la traçabilité des aliments.

Aux Etats-Unis, les centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) ont déjà tiré la sonnette d'alarme: la hausse des importations s'est accompagnée d'intoxications alimentaires plus fréquentes, selon un constat dressé en mars (voir le JDLE). Selon les CDC, environ 16% de l'alimentation américaine provient désormais de l'étranger, jusqu'à 85% pour les fruits de mer.

 



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