La mondialisation, c’est, décidément, pas bon pour le climat

Le 17 mai 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les impacts climatiques du commerce international ne sont pas pris en compte dans les inventaires d'émission de GES.
Les impacts climatiques du commerce international ne sont pas pris en compte dans les inventaires d'émission de GES.

Officiellement, la France est une bonne élève de la lutte contre les changements climatiques.

Entre 1990 et 2011, l’Hexagone a réduit de 16% ses émissions de gaz carbonique: un peu moins bien que les 17,5% qu’affiche, collectivement, l’Union européenne. Pas si mal, tout de même. La réalité n’est pas aussi mirifique.

Dans le rapport qu’ils publient ce 17 mai, le Centre interprofessionnel technique d'études de la pollution atmosphérique (Citepa), le réseau Action-climat et l’Ademe montrent que ce bon résultat n’est atteignable qu’au prix de l’occultation des émissions de gaz à effet de serre (GES) imputable au commerce international. «Si l’on ajoute […] les émissions incorporées dans les produits importés, tout en enlevant les émissions incorporées dans les biens exportés et destinés à la consommation étrangère, alors la situation est bien différente. La France a augmenté ses émissions de CO2 de 15% sur la période [2000-2010, ndlr]. C’est plus que la moyenne européenne, qui affiche une hausse de 9%», estiment les auteurs.

La contre-performance tricolore tient principalement à l’importance de ses échanges avec… l’Allemagne, son plus grand partenaire commercial. Les deux voisins s’échangent d’importants volumes de biens et de services qu’ils pourraient produire et consommer sur place. D’où l’émission, parfaitement évitable, d’une trentaine de millions de tonnes équivalent CO2 par an.

Au-delà de l’exemple français, les rapporteurs mettent le doigt sur la non-prise en compte par les inventaires nationaux d’émission de GES des émissions générées par le commerce international. «Aujourd’hui, 28% des émissions mondiales de CO2 sont transférées entre pays via les importations et les exportations de biens et services. Ces flux, en croissance, sont liés à l’expansion du commerce international. […] Les flux d’émission circulant entre pays n’apparaissent pas dans les inventaires nationaux. Et pour cause: la méthodologie utilisée aujourd’hui pour les inventaires officiels ne comptabilise que les émissions directes liées aux activités plus les émissions directes des ménages sur le territoires d’un pays.»

Inquiétant, si l’on se souvient que les émissions imputables au commerce international augmentent de 4,3% par an en moyenne, contre 3,4% pour les rejets totaux de GES anthropiques.

Ces données soulèvent plusieurs problèmes. D’une part, celui de la responsabilité. En 2010, par exemple, les exportations nettes de la Chine ont représenté 22,5% de ses émissions. Or une partie de ces exportations sont produites par des entreprises étrangères qui profitent des bas coûts de la main d’œuvre locale pour réduire ses coûts de production, sans égard pour le climat. Ce schéma à l’esprit, on comprend mieux les réticences des grands pays émergents à s’engager dans des chasses au carbone obligatoires.

Autre problématique soulevé par l’étude: la non-prise en compte des émissions liées aux transports internationaux. En 2007, le fret maritime était responsable de 2,6% des émissions mondiales de GES; un volume à peu près équivalent à celui de l’aviation civile.

Enfin, les auteurs soulignent l’absence d’intérêt des négociateurs internationaux pour ces questions. «Le problème des émissions importées par les pays est bien connu des chercheurs, voire des gouvernements. Alors que les méthodologies se développent, la communauté scientifique a plusieurs fois exprimé ses doutes sur l’efficacité des mesures politiques de réduction de nos émissions, notamment en Europe, si les nations occidentales se mettent à acheter aux pays en développement les biens qu’elles produisaient jadis.» De bons sujets de réflexion pour préparer le sommet climatique de Paris, en 2015.



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