La moitié des animaux abattus rituellement, selon un rapport confidentiel

Le 08 mars 2012 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email

Coup de théâtre mercredi dans la polémique sur le halal : 51% des animaux abattus en France le seraient selon un mode rituel (viande halal ou casher), c’est-à-dire sans étourdissement préalable, selon un rapport évoquant une « dérive ».

Ce chiffre est issu d’un rapport étiqueté « confidentiel » du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux. Remis en novembre 2011 au ministère en charge de l’alimentation, il y aurait été «soigneusement enterré», selon Le Point, qui en a eu copie.

S’ils sont surprenants, ces chiffres ont de quoi déranger le gouvernement à quelques mois de l’élection présidentielle. Sur l’ensemble des animaux tués en 2010, 40% des bovins adultes l’auraient été sans étourdissement, contre 58% des ovins, 26% des veaux et 22% des caprins, soit 51% de l’ensemble de ces animaux.

Un chiffre qui semble peu compatible avec celui évoqué en février par le ministre chargé de l’alimentation, Bruno Le Maire, à savoir 14% de viande issue d’animaux abattus rituellement. Il avait alors été avancé en réponse à la candidate du FN, Marine Le Pen, qui avait lancé la polémique en affirmant que 100% de la viande vendue en Ile-de-France était halal.

Interviewée mercredi matin sur France 2, la présidente du FN a appelé à la démission du ministre, estimant qu’il avait menti. Peu après la révélation du rapport, Bruno Le Maire a affirmé que ce chiffre de 14% concernait l’ensemble des abattoirs, tandis que les 51% ne portaient que sur 15 d’entre eux.

Le document révélé par Le Point fait pourtant état d’une «dérive» vers l’abattage rituel en France. «Ce qui ne devait être qu’une dérogation [1] s’est généralisé», estiment la dizaine d’experts l’ayant rédigé. Un phénomène d’autant plus incompréhensible que la demande en halal ou casher «devrait correspondre à environ 10% des abattages totaux».

«Comme pour les petits ruminants, des bovins sont abattus rituellement au prétexte que l’on ne sait pas si la viande va se trouver dans le circuit normal ou dans le circuit halal», ajoute le rapport.

Selon ses auteurs, l’égorgement est source de grande douleur pour les animaux, qui peuvent garder conscience assez longtemps, jusqu’à 5 minutes pour un ovin, 6 pour un bovin adulte, voire 11 pour un veau. Il subsiste par ailleurs des doutes en termes de sécurité sanitaire, en raison d’une possible contamination par la bactérie E. coli lors de reflux stomacaux.

Lors d’un meeting de campagne samedi à Bordeaux, le candidat sortant Nicolas Sarkozy s’est déclaré favorable à un étiquetage selon le mode d’abattage, actuellement non obligatoire. Sur son site internet, Le Point publie une lettre envoyée fin 2006 à Brigitte Bardot, défenseuse des animaux, dans laquelle le ministre de l'intérieur qu’il était alors «souhait[ait] que, dans toute la mesure du possible, l’étourdissement préalable soit généralisé ».

[1] Afin de répondre aux exigences de bien-être animal et de libre exercice des cultes, l’abattement sans étourdissement est légal, mais doté d’un caractère dérogatoire.



Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus