La mer Rouge pour étancher la soif, la mer Morte pour recevoir le sel

Le 10 décembre 2013 par Marine Jobert
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Des centaines de baigneurs nus dans la Mer Morte.
Des centaines de baigneurs nus dans la Mer Morte.
DR

Israël, Palestine et Jordanie ont réussi à s’accorder sur la construction d’une usine de dessalement. Israël s’est engagé à ouvrir davantage les vannes du lac de Tibériade[1] (voir la carte ici) au profit des Jordaniens et à accroître les volumes d’eau cédés à l’autorité palestinienne. 175 millions de mètres cubes seront pompés chaque année dans la mer Rouge, qui seront traités dans une usine implantée à 18 kilomètres au nord d’Aqaba (le seul port jordanien). Plus de la moitié finira dans les robinets israéliens. Le projet devrait coûter entre 300 et 400 millions de dollars (entre 217 et 290 M€) et aboutir d’ici trois ans.

Le canal des deux mers enterré

Cet accord, bien que conclu sous l’égide de la Banque mondiale, n’est pas la résurrection du projet de canal des deux mers porté par l’institution pendant des années, censé revigorer une mer Morte dont le niveau baisse d’un mètre tous les ans et dont la surface s’est réduite d’un tiers en 50 ans. L’institution financière internationale a étudié pendant une décennie la faisabilité de ce projet titanesque, qui consistait à acheminer entre 1 et 2 Mdm3 chaque année, via un aqueduc de 180 km, vers une usine de dessalement d’une capacité maximale de 850 Mm3/an, alimentée en énergie grâce à la déclivité entre l’entrée et la sortie du pipeline. Le coût du projet était estimé à 5 Md$ (3,7 Md€). Mais la Banque mondiale a fini par ranger le projet dans un tiroir, ses impacts environnementaux ayant été sous-évalués.

Du sel dans l’eau salée

Reste un problème de taille dans le projet actuel: que faire des saumures en sortie d’usine de dessalement? L’accord prévoit deux solutions: les rendre à la mer Rouge à 45 km de là, près de la frontière saoudienne, ou les acheminer par un pipeline jusqu’à la mer Morte, avec un surcoût de 400 M$. L’ONG Les Amis de la terre au Proche-Orient se dit favorable à ces échanges d’eau, mais s’inquiète du transfert de saumures, «qui rend le projet infaisable». L’ONG demande la réalisation d’une étude environnementale ainsi que l’étude de la possibilité de séchage et d’évaporation de la saumure dans le désert ou de rejet dans la mer Rouge. «A la lumière des études déjà menées par la Banque mondiale, la saumure ne doit pas être transférée dans la mer Morte, au risque d’impacts négatifs.» L’introduction de nouvelles espèces venues de la mer Rouge, comme les algues rouges, inquiète les écologistes.

 



[1] A qui elle vend déjà 50 Mm3 par an. Les livraisons devraient doubler.

 



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