La mer Noire à l’origine d’une catastrophe climatique ?

Le 09 janvier 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La salinisation des fonds marins de la mer Noire pourrait contribuer à renforcer l'effet de serre.
La salinisation des fonds marins de la mer Noire pourrait contribuer à renforcer l'effet de serre.
Ifremer

On croyait les hydrates de méthane seulement sensibles au réchauffement. Erreur, ils peuvent aussi regagner l’atmosphère lors d’une modification de la salinité de leur environnement. Une découverte inquiétante pour le climat.

 

C’est une découverte qui ne va pas faire plaisir à tout le monde. Dans un article publié ce mardi 9 janvier dans Nature Communications, une équipe internationale dévoile une nouvelle menace pour le climat global.

On sait depuis de nombreuses années que le fond des océans et le permafrost recèlent d’importants volumes de méthane, puissant gaz à effet de serre. Soumis à de fortes pressions et à des températures très basses, ce gaz naturel est emprisonné dans une cage d’eau, formant ce que les spécialistes appellent les hydrates de méthane, ou clathrates.

Réchauffement ou changement de courant

Les océanographes ont montré qu’un réchauffement de la colonne d’eau (imputable au changement climatique ou à une modification du trajet des courants marins, comme le Gulf Stream) peut déstructurer la structure moléculaire des hydrates, provoquant un relâchement du méthane dans l’atmosphère, ce qui contribue à renforcer l’effet de serre.

Pareil phénomène a été mis en évidence lorsque les terres ‘éternellement’ gelées du permafrost dégèlent.

La découverte de l’équipe conduite par Vincent Riboulot (Ifremer[1]) est d’une autre nature: le réchauffement ou l’évolution de la colonne d’eau ne seraient pas les seuls phénomènes à déstabiliser les molécules d’hydrates. L’accroissement de la concentration en sel de l’eau de mer pourrait également avoir un effet perturbateur.

Les études conduites par l’Ifremer et l’institut national roumain de géologie marine (GeoEcoMar) montrent que l’accroissement naturel de la teneur en sel des eaux de la mer Noire contribue à la fonte des hydrates de méthane présents dans les sédiments.

Salinification de la mer Noire

Cet accroissement est tout ce qu’il y a de plus naturel. Jusqu’à sa connexion avec la Méditerranée, il y a 9.000 ans, la mer Noire était un lac d’eau douce. Depuis l’ouverture du détroit des Dardanelles, l’eau salée de la Méditerranée (39 grammes de sel par litre d’eau) alimente et salinise la mer Noire. Estimée à l’origine à 2 g/l, sa salinité a décuplé en 9 millénaires.

En percolant à travers les couches de sédiments, ce sel dégrade la cage d’eau des hydrates, libérant les molécules de méthane. Pour autant, il n’y a pas encore le feu au lac. Dans les prochains 5.000 ans, de 40 à 200 milliards de mètres cubes pourraient être ainsi relargués dans l’atmosphère. A moins, bien sûr, que d’autres biotopes ne soient sous l’influence de cette salinisation des sédiments. Selon Vincent Riboulot, «on peut imaginer que les fonds des mers de Marmara et Caspienne subissent le phénomène que nous avons décrit en mer Noire, mais ce n’est pas encore démontré»

 



[1] Ifremer: Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer 

 

 



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