La menace des sécheresses plane sur l'Europe

Le 21 mai 2010 par Sabine Casalonga
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email


La pénurie d'eau est devenue une réelle menace pour de nombreuses régions en Europe, et risque de s’aggraver avec le changement climatique, prévient la Commission européenne dans un rapport publié le 18 mai. Elle appelle les Etats à agir en priorité sur les besoins via la tarification de l’eau, l’utilisation rationnelle et l’économie des ressources.

51% des nappes françaises en baisse
Le mois d'avril 2010 – qui bat déjà des records en termes de chaleur - s’est caractérisé par une pluviométrie déficitaire dans tout le pays, indique le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) dans son dernier relevé mensuel de l’état des nappes d’eau souterraines. Les ressources en eau sont donc à la baisse dans 51% des points étudiés. L’état de remplissage des aquifères est inférieur à la normale pour près de la moitié et égal à la normale pour un quart.
« L'équilibre entre les besoins en eau et les ressources disponibles a atteint un niveau critique dans de nombreuses régions d'Europe. La pénurie d'eau et la sécheresse nous menacent désormais sérieusement, et le changement climatique risque encore d'aggraver la situation », souligne la Commission européenne dans un communiqué du 18 mai. Elle vient de publier le second rapport évaluant les progrès réalisés par les Etats membres en matière de lutte contre la raréfaction de la ressource en eau et la sécheresse.

De fait, la situation n’est pas nouvelle. Depuis 30 ans, les sécheresses ont considérablement augmenté en nombre et en intensité dans l’UE, pour un coût total estimé à 100 milliards d’euros entre 1976 et 2006. Au moins 11% de la population en Europe et 17% de son territoire ont été concernés à ce jour par une pénurie d’eau, selon la Commission.

En 2007, Bruxelles a proposé 7 principales options politiques pour relever ces défis : tarification de l’eau, allocation de fonds, gestion des risques de sécheresse, promotion des technologies efficaces et d’une culture de l’économie de l’eau, etc. A partir des informations fournies par chaque Etat membre, la Commission a donc dressé un bilan du chemin parcouru. « Si de nombreuses actions ont été conduites, des efforts supplémentaires sont nécessaires pour stopper et inverser le processus de surexploitation des ressources d’eau», indique la Commission.

Le rapport montre que la pénurie touche en permanence certains Etats membres sur l'ensemble de leur territoire et que le problème n'est pas limité aux pays méditerranéens. Certaines régions en République tchèque sont ainsi fréquemment affectées par le manque d'eau, tandis que la France et la Belgique ont des aquifères surexploités.

Pour prévenir le risque de pénurie en eau, la priorité doit aller à la gestion des besoins, « les solutions concernant l'approvisionnement ne devraient être envisagées qu'après», selon la Commission. « Sans une politique de tarification de l'eau efficace, sans une utilisation rationnelle de l'eau et sans mesures d'économie d'eau, l'Europe aura bien du mal à garantir une qualité de l'eau qui réponde à la fois aux besoins des consommateurs et aux défis du changement climatique. », ajoute-t-elle.

A cet égard, la Commission rappelle les résultats d’une étude de 2009 ayant montré l’intérêt d’introduire des exigences pour les dispositifs consommateurs d'eau, au titre de la directive élargie sur l'éco-conception (voir le JDLE). « En incluant l'ensemble des appareils domestiques consommateurs d'eau, on pourrait parvenir à une réduction de 19 % de la consommation totale d'eau, soit une réduction à hauteur de 3,2 % des prélèvements d'eau réalisés chaque année dans l'Union européenne. »

 En 2010, l'accent sera mis sur les économies réalisables dans les bâtiments, la limitation des fuites, et une utilisation rationnelle de l'eau dans le secteur agricole. L’an dernier, l’Agence européenne pour l’environnement (AEE) proposait déjà dans son rapport plusieurs mesures ciblant l’agriculture, qui représente 24% des prélèvements d’eau en Europe, en seconde place derrière la production d’énergie (44%). (voir le JDLE)

La Commission s'inquiète également du retard de mise en œuvre de la directive-cadre sur l'eau dans les Etats membres les plus touchés par la pénurie d'eau, qui n’ont pas présenté leurs programmes de gestion des bassins hydrographiques, à l’échéance de mars 2010.

2012 marquera un tournant. La Commission devra en effet réviser sa politique de lutte contre la pénurie d'eau et la sécheresse et publier un bilan d’évaluation de la mise en œuvre de la directive cadre sur l’eau (DCE). A partir de ces deux évaluations, elle élaborera un vaste programme de sauvegarde des ressources en eau.

Le Bureau européen pour l’environnement (BEE), qui fédère 140 associations européennes, partage les conclusions de l’exécutif européen, relatives à la priorité donnée à la gestion de la demande et la résolution des fuites. « La majorité des pays échouent à partager les coûts de l’approvisionnement et du traitement de l’eau, entre tous les utilisateurs, l’agriculture bénéficiant presque toujours d’un ‘ticket gratuit’ », estime la fédération d’ONG. Pour le BEE, la DCE demeure l’instrument le plus efficace pour aider l’Europe, mais il regrette le faible nombre de schémas locaux ayant défini des objectifs d’économies en eau, le « Business as usual » prévalant encore largement.

 

Communiqué de la Commission

Les rapports (en anglais)

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus