La menace de la concentration des terres agricoles en Europe -

Le 17 avril 2013 par Marine Jobert
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La concentration des terres, un fléau pour l'avenir de l'agriculture.
La concentration des terres, un fléau pour l'avenir de l'agriculture.
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Comme l’agriculture des pays du Sud est démantelée au gré des rachats de terres par des multinationales des agrocarburants, l’agriculture européenne serait-elle menacée par la concentration des surfaces agricoles entre quelques mains? C’est l’hypothèse soutenue par la coordination européenne de Via Campesina et l’alliance Hands-Off The Land (HOTL) dans un rapport rendu public aujourd’hui 17 avril, intitulé «Concentration des terres, accaparement des terres et luttes des peuples en Europe». Qui possède la terre et pour quels usages? A travers l’étude de 11 pays européens, les ONG dressent le portrait d’un phénomène en accélération, où quelques-uns concentrent un nombre sans cesse croissant d’hectares, soutenus par les subsides de la politique agricole commune (PAC), au détriment de la culture vivrière, de pratiques écologiquement soutenables et des jeunes générations qui souhaitent s’installer.

 

«A la chute du Mur de Berlin, beaucoup de fermiers dans les pays de l’Est ont fait faillite quand leur pays est entré dans l’Union européenne et que des produits très subventionnés ont inondé leur marché intérieur», rappelle les auteurs. «Les 6 années qui ont suivi, la plupart des petits fermiers n’étaient pas éligibles aux aides européennes, ce qui a accéléré la vente des fermes. Une nouvelle élite de spéculateurs et d’investisseurs a réussi à s’approprier de larges étendues de terres.» En Hongrie, 8,6% des fermes ont capté 72% des subventions agricoles en 2009. L’attribution des primes en fonction des surfaces a marginalisé les petites fermes et pénalisé les nouveaux entrants dans le monde agricole.

 

La Roumanie est devenue un terrain de jeu cruel, «dans des aires rurales abandonnées, où des gens âgés et vulnérables n’ont d’autre alternative que d’accepter l’arrivée d’entreprises européenne de l’agro-industrie qui contractent des baux ou achètent des terres en toute légalité». En très peu de temps, 6% des terres agricoles roumaines -800.000 hectares- sont passées entre les mains d’investisseurs étrangers. En 2012, la moitié des subventions ont été reçues par 1% des agriculteurs, dont la taille des fermes dépassait 500 ha.

 

Autre problème engendré par cette concentration des terres: ceux qui aspirent à devenir agriculteurs peinent à s’installer. «L’accès à la terre est une condition de base pour parvenir à la souveraineté alimentaire en Europe», martèle la coalition d’ONG, qui se réjouit de voir émerger de «nouveaux mouvements, ruraux et urbains, qui transcendent les classes sociales». Et de citer l’occupation de Notre-Dame-des-Landes ou de la ferme de Somonte en Andalousie. «Ces luttes transforment à la fois les espaces ruraux et urbains en des lieux de bataille dans la lutte pour le contrôle de la direction que peut prendre l’agriculture européenne.»

 

Les ONG en appellent à considérer les terres agricoles comme des «biens publics», dont l’accès devrait être réservé à ceux qui la travaillent pour fournir de l’alimentation. Les spéculateurs –banques, industriels, Etats- devraient être bannis de ce secteur et les transactions dans le secteur répertoriées dans un serveur public. Elles appellent de leurs vœux l’élaboration d’une directive européenne sur les terres agricoles.



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