La Méditerranée perd ses zones humides

Le 21 février 2012 par Stéphanie Senet
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Station de lagunage Mireval (Sud de la France)
Station de lagunage Mireval (Sud de la France)

L’Observatoire des zones humides méditerranéennes (OZHM) a rendu public, aujourd’hui, son premier état des lieux de la région, qui rassemble trois continents. En se basant sur 17 indicateurs, il dégage plusieurs tendances principales, à l’œuvre depuis les années 1970, comme la réduction des superficies de zones humides, la hausse des populations d’oiseaux et la forte régression des poissons d’eau douce. Il préconise aussi de lancer une évaluation précise des polluants et de contrôler l’application des mesures de protection.
 

L’étendue des zones humides continue à baisser autour de Mare Nostrum. Les marais, les lacs, les réservoirs, les fleuves, les deltas, ou encore les lagunes, ne couvrent plus que 18,5 millions d’hectares, soit 1 à 2% des zones humides mondiales. Depuis le début du XXe siècle, leur superficie s’est réduite de moitié, selon le rapport de l'OZHM (1).

Ce sont les changements de l’occupation des sols -en particulier leur urbanisation et transformation en terres agricoles- ainsi qu’une gestion des eaux de plus en plus artificielle qui sont responsables de cette érosion. L’agriculture irriguée, en particulier, est une grande consommatrice d’eau (deux tiers de la demande totale), devant l’industrie et l’énergie (22%) et la consommation domestique (14%). En Jordanie, par exemple, la principale zone humide, située à Azraq, a presque disparu à cause de la surexploitation de la nappe phréatique pour l’agriculture.

Des actions de conservation ont toutefois porté leurs fruits, en particulier en Europe occidentale, pour la protection des oiseaux et des étendues d’eau qui les accueillent. Le nombre de sites Ramsar (du nom de la convention adoptée en 1971) a également doublé au cours de la décennie, passant de 168 en 2000 à 344 en 2011. Ils s’étendent aujourd’hui sur 6 millions d’hectares.

En ce qui concerne la faune, le bilan s’avère plus complexe. Les populations de vertébrés sont certes restées stables entre 1970 et 2006 selon l’indicateur Planète vivante (2). Mais ce n’est pas forcément synonyme de bonne qualité écologique des biotopes.

L’OZHM relève que l’accroissement de certaines espèces, comme les hérons et les mouettes, n’est pas forcément synonyme d’une bonne qualité des zones humides. Ces oiseaux sont en effet capables de profiter de l’eutrophisation des plans d’eau et de l’apparition de nouvelles ressources alimentaires d’origine anthropique comme les rejets de chalutage ou les décharges à ciel ouvert. En revanche, les populations de mammifères, d’amphibiens, de reptiles et de poissons ont régressé de 40%. Tout comme la biodiversité. Désormais, 30% des amphibiens, 25% des reptiles et 15% des mammifères, contre 5% seulement des oiseaux, sont menacés d’extinction.

La situation est particulièrement préoccupante pour les poissons d’eau douce, dont 39% des espèces sont menacées d’extinction en Méditerranée, contre 15% au niveau mondial. Ce fort taux s’explique par la pollution de l’eau, et par la perte et la dégradation d’habitat en raison de la réduction de débits fluviaux. Tous les fleuves de Méditerranée voient leur débit baisser, à l’exception du Rhône en France et du Pô en Italie, toujours soutenus par la fonte des neiges et des glaces alpines.

La quantité d’eau douce apportée par les fleuves jusqu’à la Méditerranée a décru de moitié depuis 1920, principalement à cause de la réduction du débit des fleuves. Le cas du Nil est significatif: entre 1920 et 2000, son débit annuel est passé de 84 à 6 kilomètres cubes.

Autres menaces pour les zones humides: la compétition avec des espèces exotiques envahissantes, les épisodes de sécheresse sévère et la construction des barrages.

La qualité de l’eau est plus difficile à mesurer car peu de données existent. L’OZHM juge malgré tout qu’elle s’est globalement améliorée en Europe depuis les années 1980, pour les nutriments et les métaux lourds, mais à un rythme différent selon les habitats et les pays. L’Observatoire nuance néanmoins son propos en précisant que la concentration d’autres polluants, comme les pesticides, a pu augmenter. Leur évaluation est si peu répandue dans le bassin méditerranéen qu’il est impossible de conclure.

Du nord au sud, les effets du changement climatique sont perceptibles. Le niveau de la grande Bleue s’est élevée de 22 centimètres au cours du XXe siècle. En moyenne, les zones du pourtour se sont réchauffées plus vite que dans le reste du monde: environ 2°C en un siècle dans la péninsule ibérique, le sud de la France et l’Afrique du Nord, selon le Pnue, contre 0,74°C au niveau mondial, selon le Giec.

Globalement, ce réchauffement s’observe par un glissement général vers le nord de nombreuses communautés d’oiseaux, qui hivernent désormais au bord de la Méditerranée au lieu de migrer vers l’Afrique subsaharienne. Mais cette adaptation n’est pas totale. Ainsi la hausse des températures enregistrée en France, entre 1987 et 2006, équivaut, selon les experts, à un déplacement vers le nord de 273 km en température. Mais, sur la même période, les oiseaux n’ont progressé que de 91 km vers le nord.

Ce large état des lieux se conclut par trois scénarios jugés prioritaires par l’OZMH. La gestion rationnelle des zones humides suppose de mettre fin à la surexploitation des ressources naturelles et à la détérioration de la qualité de l’eau due à l’agriculture intensive et aux produits chimiques servant à l’industrie.

Deuxième impératif: concevoir des politiques et des normes plus efficaces pour enrayer la perte et la dégradation des zones humides. Selon le rapport, le réseau européen Natura 2000 a été le moyen le plus efficace pour accélérer la protection des zones humides. La reconnaissance de sites Ramsar a également eu des effets positifs. Ils n’ont toutefois aucun impact sur les oiseaux ni sur les poissons.

Les experts militent enfin pour une accélération de la gestion intégrée des zones côtières, afin de réduire les pressions croissantes exercées sur le littoral. En France, les communes côtières ne couvrent que 4% du territoire national mais accueillent 20% des zones humides continentales de métropole. Lesquelles sont grignotées par le développement rapide des infrastructures touristiques. La protection de ces littoraux, déjà entamée, doit s’accentuer. Près d’un quart de la bande côtière hexagonale est couverte par au moins une mesure de protection, contre moins de 14% au niveau national. Seul problème: ces mesures sont rarement appliquées. Le rapport note en effet que pour trois quarts des acteurs concernés par la protection des zones humides, «ces lois de protection ne sont pas toujours ou pas souvent appliquées, en particulier lorsqu’il s’agit de réglementer la pêche, la chasse, le pâturage et la culture».

  1. L’OZHM a été créé en 2008 par le Mediterranean Wetlands initiative (MedWet)
  2. L’indicateur Planète vivante a été développé par le Fonds mondial pour la nature (WWF) en collaboration avec le centre mondial du suivi de la conservation du Pnue (Programme des Nations unies pour l’environnement). Parmi les 17 indicateurs sur lesquels se base l’étude, on trouve aussi la demande en eau par secteur, la qualité de l’eau, ou les tendances démographiques.


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