La Méditerranée, entre PCB, TBT et microplastiques

Le 13 juin 2016 par Stéphanie Senet
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L'activité portuaire, source de pollution aux tributylétains
L'activité portuaire, source de pollution aux tributylétains

En Méditerranée, si la qualité des eaux côtières est globalement bonne, l’Agence de l’eau (RMC[1]) déplore une contamination importante et ciblée aux microplastiques et aux tributylétains (TBT) ainsi qu’une pollution aux PCB.

 



[1] Rhône Méditerranée Corse (RMC)

 

 

Diffusés le 8 juin, les résultats de cette 5e campagne trisannuelle de surveillance des côtes, réalisée pour l’Agence de l’eau RMC [1], s’avèrent très mitigés. S’ils révèlent une qualité des eaux globalement satisfaisante, des points noirs subsistent, en particulier à proximité des grandes villes et des pôles d’activité, où la contamination chimique reste élevée. C’est le cas à Port-La-Nouvelle (Aude), dans les rades de Marseille (Bouches-du-Rhône) et de Toulon (Var), ainsi que sur les littoraux de Nice et d’Antibes (Alpes maritimes). Les eaux y sont en effet polluées par des tributylétains, issus des peintures pour bateaux, mais aussi de l’arsenic et des PCB[2], qui perturbent le métabolisme des espèces marines. De façon plus sporadique, des traces de chrome et de nickel ont aussi été relevées.

«Contrairement aux campagnes précédentes, où l’on a observé des pollutions plus diffuses aux métaux lourds, aux pesticides ou aux hydrocarbures, en raison d’apports disséminés par des grosses tempêtes, cette campagne 2015 montre une multitude de petites sources de pollution», analyse Pierre Boissery, spécialiste de la mer à l’Agence de l’eau RMC.

 

Des mammifères contaminés aux PCB

 

Il faut ajouter une spécificité en Méditerranée: les mammifères marins sont les plus contaminés du monde aux PCB, des perturbateurs endocriniens interdits dans l’Union européenne depuis 1987. Cette observation confirme les résultats d’une étude publiée le 14 janvier dans la revue Scientific reports.

L’analyse des herbiers de posidonie montre un statu quo par rapport à l’an dernier, hormis quelques signes de croissance dans les calanques marseillaises et le cap Sicié à Toulon. Des signes qui pourraient être imputables à l’amélioration du système d’épuration des eaux, mais qu’il reste à confirmer par des études ultérieures.

Les secteurs riches en poissons, et en particulier en juvéniles, se trouvent dans les secteurs de la Côte bleue[3], des Embiez[4], de la plaine orientale de Corse, et du littoral sud-ouest de l’Ile de beauté, contrairement à Saint-Raphaël (Var) et à Menton (Alpes maritimes).

 

De fortes concentrations en microplastiques

 

La campagne de recherche des microplastiques –la deuxième du genre dans la région- confirme la localisation des plus fortes concentrations (plus de 1.500 microparticules par hectare) entre Antibes et Villefranche-sur-Mer (Alpes maritimes) ainsi que sur la côte orientale de Corse et dans les calanques marseillaises, selon Pierre Boissery. C’est une autre spécificité de Mare nostrum: détenir les records mondiaux de concentration en microparticules.

A l’inverse, les pollutions aux hydrocarbures et aux eaux sales de bateaux ont régressé, sans doute grâce à la réduction de la navigation de haute plaisance entre 2012 et 2014. «Il faut toutefois prendre ce résultat avec des pincettes car si cette pollution a régressé en 2015, la fréquentation des navires de plus de 25 mètres s’est de nouveau accrue», note l’expert de l’Agence de l’eau. A confirmer en 2018 donc.

 

L’impasse sur Alteo

 

Un oubli de taille à souligner: l’étude prend le soin d’éviter de caractériser la pollution des eaux au large de Cassis, dans le parc des Calanques, là où sont précisément déversés les rejets de l’usine Alteo de Gardanne (Bouches-du-Rhône). «Nous analysons des contaminants mais pas de zone spécifique, se défend Pierre Boissery. Nous avons certes trouvé de l’arsenic au large de Cassis, mais il est impossible de faire le lien avec Alteo. L’arsenic est aussi utilisé par des vignobles proches de Cassis.» Ce qui montre la nécessité de réaliser une étude ciblée sur les impacts environnementaux dans le parc des Calanques.



[1] par différents organismes, dont l’Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer) pour la contamination chimique, l’université de Marseille pour les impacts biologiques et l’association Medobs pour les pressions sur l’environnement (comme la navigation)

[2] polychlorobiphényles

[3] à l’ouest de Marseille, jusqu’à l’embouchure de l’étang de Berre

[4] située à 1 km de Six-Fours-les-Plages

 



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