La médecine chinoise aura-t-elle la peau du tigre?

Le 04 juin 2019 par Romain Loury
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Elevage de tigres
Elevage de tigres

Lors de la 72ème assemblée mondiale de la santé, qui s’est tenue du 20 au 28 mai à Genève, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a reconnu, pour la première fois, l’intérêt de la médecine traditionnelle chinoise. Une nouvelle porte ouverte au braconnage d’espèces menacées, estiment plusieurs associations.

Si les principaux prestataires de la médecine chinoise se sont détournés des remèdes issus d’espèces animales menacées, les pratiques clandestines demeurent. Plusieurs espèces en font encore les frais, tels que l’ours, le tigre, le rhinocéros et le pangolin, dont les organes sont censés guérir de diverses maladies, des rhumatismes à l’épilepsie en passant par les troubles de l’érection.

La médecine chinoise intégrée par l’OMS

Or pour la première fois, l’OMS a décidé, lors de sa 72ème assemblée mondiale de la santé –grand rendez-vous annuel de l’organisation onusienne-, de reconnaître officiellement la médecine traditionnelle. Celle-ci compte désormais un chapitre, d’utilisation«facultative», dans la Classification internationale des maladies (CIM), dont la 11ème révision, adoptée lors de l’assemblée, entrera en vigueur en janvier 2022.

Intitulé ‘Pathologies définies par la médecine traditionnelle – module 1’, ce chapitre n’a trait qu’à la médecine chinoise, utilisée bien au-delà de la Chine, à savoir dans de nombreux pays d’Asie et au sein des communautés asiatiques établies à travers le monde. D’autres ‘modules’, relatifs à d’autres médecines traditionnelles, pourraient être ajoutés à la CIM lors de futures révisions.

«L’inclusion d’un chapitre supplémentaire sur la médecine traditionnelle dans la CIM permettra, pour la première fois, de dénombrer les services et les recours relatifs à la médecine traditionnelle, de mesurer leur forme, leur fréquence, leur efficacité, leur sécurité, leur qualité, leurs résultats, leur coût; et de la comparer à la médecine courante et à la recherche grâce à des termes et à des définitions normalisés aux niveaux national et international», explique l’OMS dans un rapport adopté à Genève.

Crainte pour les espèces menacées

Si les catégories de maladies définies dans ce chapitre–qui permet leur double codage, en sus de la médecine occidentale- ne «se réfèrent à aucune forme de traitement et n’en approuvent aucune», plusieurs associations y voient une porte ouverte à des thérapies peu respectueuses de l’environnement.

«Plusieurs spécialistes de la conservation sont inquiets des répercussions pour la faune sauvage qu’aurait une croissance de cette industrie, sans une meilleure transparence et sans un encouragement, par les autorités sanitaires mondiales et les Etats, des pratiques acceptables en médecine chinoise», déclarent ainsi Panthera, l’Environmental Investigation Agency et le Wildlife Conservation Trust dans un communiqué commun.

L’OMS sommée de clarifier sa position

Les associations appellent  l’OMS à «condamner l’usage de la médecine traditionnelle chinoise recourant aux organes d’animaux sauvages, y compris d’animaux en captivité, et d’envoyer un message sans équivoque qu’elle ne légitimera ni cette pratique, ni le déclin des populations d’animaux sauvages à travers le monde».

Au-delà des espèces directement ciblées, telles le tigre et le rhinocéros, la raréfaction de celles-ci incite les braconniers à se rabattre vers des espèces proches, en particulier d’autres fauves, dont les lions, les panthères et les jaguars, indiquent les associations.

De plus, le tigre fait de plus en plus l’objet d’élevage, dans des fermes du sud-est asiatique. Outre les conditions déplorables dans lesquelles vivent ces animaux, cette filière entretient le marché, et donc le braconnage.

Pour l’IFAW, un usage marginal

Contactée par le JDLE, Grace Gabriel, directrice régionale Asie du Fonds international pour la protection des animaux (IFAW), tempère ces craintes: la médecine chinoise, qui inclut également l’acupuncture et l’acupression, ne recourt que de manière marginale aux ingrédients d’origine animale. Selon elle, ces derniers ne constituent que «3% du total des ingrédients», loin derrière les plantes et les minéraux.

La décision de l’OMS «ne fera aucune différence», estime Grace Gabriel: la médecine chinoise est déjà promue à travers le monde, et «ce n’est qu’une question de temps avant qu’elle soit plus largement reconnue», ajoute-t-elle. De plus, les autorités chinoises ont clairement mis en garde, depuis que ces espèces sont officiellement protégées, contre l’utilisation illégale de leurs organes, rappelle-t-elle.

En octobre 2018, le gouvernement chinois a toutefois failli réautoriser l’usage de corne de rhinocéros et d’os de tigre, en raison de l’existence de fermes d’élevage, avant de suspendre cette réouverture face à l’indignation des associations. Des saisies record ont été effectuées à Hong Kong depuis le début de l’année, dont celle de 14.000 pangolins.



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