La marée est encore basse pour les énergies marines

Le 09 avril 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Au menu: offshore flottant, hydrolien (photo) et houlomoteur
Au menu: offshore flottant, hydrolien (photo) et houlomoteur

Prometteuses, les énergies des mers n’injecteront pas de sitôt du courant dans le réseau terrestre. Elles doivent encore prouver leur fiabilité, trouver leur place dans le mix énergétique et se faire financer. Pas gagné.

 

Les énergies du futur ont débarqué sur les plages de Normandie. En ouverture de Thétis, le Syndicat des énergies renouvelables (SER) a organisé à Cherbourg, mardi 8 avril, les premières Assises nationales des énergies marines renouvelables. Coincé dans la cité maritime, entre le sous-marin nucléaire Le Redoutable et le Rainbow Warrior de Greenpeace, le chapiteau du SER a réuni le gratin français de l’offshore flottant, de l’hydrolien et de l’houlomoteur. Des énergies si prometteuses.

 

Exploiter le Koweït de l’hydrolien

A un point tel que les experts rivalisent de chiffres fabuleux, mais invérifiables. Vers 2030, estime Damien Siess de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), la France pourrait mettre en batterie 2 gigawatts électriques d’éolien marin, 1 GWe d’hydrolien et 200 mégawatts électriques de centrales houlomotrices. Une vision timorée pour les industriels. Philippe Kavafyan, d’Areva, estime le potentiel tricolore à 21 GWe d’éolien marin (posé et flottant) et 3 GWe d’hydrolien. «La Basse-Normandie est le Koweït de l’hydrolien, reste à savoir comment exploiter cette ressource», s’interroge le président du pôle éolien offshore du SER. Une question qui vaut pour toutes ces énergies nouvelles.

 

«Les énergies marines, c’est un enjeu énergétique, économie et industriel», explique Benjamin Gallezot, adjoint au directeur général de la compétitivité de l’industrie et des services. En clair, l’état doit définir leur place dans le futur bouquet énergétique. Ce que fera, peut-être, la loi sur la transition énergétique. à charge aussi pour les industriels de concevoir des turbines, des centrales exploitant l’énergie des mers ou des hydroliennes dont les coûts soient compatibles avec les finances des énergéticiens et de leurs clients. «La technique doit absolument prouver son efficacité», concède Philippe Kavafyan.

 

La chance de la navale

Les grands ensembliers (Areva, Alstom, Siemens, etc.) devront enfin constituer des filières industrielles avec des centaines d’entreprises dont la connaissance du monde de l’énergie est parfois très lacunaire. «Pour la construction navale française, les énergies marines sont la chance à ne pas rater. Elles représentent un chiffre d’affaires comparable à celui de plusieurs EPR», s’enthousiasme Jean-Marie Poimboeuf, patron du Groupement des industries de construction et activités navales (Gican).

 

Une chance qu’il va falloir provoquer, tant les obstacles sont encore nombreux. A commencer par l’accompagnement des pionniers. «Les fermes-pilotes sont un luxe dont nous ne pouvons nous passer», estime Philippe Kavafyan. Problème: les aides publiques ne sont pas forcément au rendez-vous. Et les réformes, en cours, de l’encadrement communautaire des aides d’état, et annoncée des tarifs d’achat, ne donnent pas la visibilité souhaitée par les industriels.

 

Deux câbles au lieu d’un

Les entreprises souhaitent toutes un amincissement du millefeuille administratif. Leurs préférences vont au permis unique (qui regrouperait procédures d’occupation du domaine public et permis de construire) et à une restriction des recours juridiques. Grand ordonnateur des raccordements des futures fermes marines au réseau de transport d’électricité, RTE veut aussi quelques allègements de normes. «Si l’on applique aux futurs réseaux sous-marins les règles encadrant le réseau aérien, on sera parfois obligés d’installer en mer deux câbles au lieu d’un», résume Hervé Laffaye, directeur général adjoint en charges des opérations de RTE. De quoi alourdir sensiblement le montant de la facture.

 

Partager les risques

Et c’est précisément ce qui inquiète Jérôme Deflesselles. S’appuyant sur l’expérience de l’éolien marin, le responsable Energies renouvelable pour l’Europe du Nord et de l’Est de la Société générale met en garde les promoteurs des EMR trop pressés. «Durant les 6 à 8 premières années de l’éolien offshore, les développeurs ont financé eux-mêmes des projets de plus en plus grands, de plus en plus coûteux. Ils ont dépensé des milliards avant de se rendre compte du bilan calamiteux de leurs opérations», rappelle le banquier. Pour éviter pareille mésaventure, un conseil: associer les banques le plus tôt possible. «C’est la seule façon d’identifier rapidement les risques, de les estimer pour mieux les partager», assène-t-il.

 

Passé les écueils de la performance, de l’industrialisation et de la rentabilité, restera à convaincre les pêcheurs de l’utilité des machines sous-marines. «Nous ne sommes pas opposés aux énergies marines. Cela fait des siècles que nous cohabitons avec d’autres usagers de la mer. Mais nous ne voulons pas que cette activité supplante la nôtre», martèle Daniel Lefevre. Pragmatique, le vice-président du comité national des pêches maritimes et des élevages marins n’entend pas lancer ses flottilles à l’assaut des éoliennes marines. Il propose plutôt à leurs exploitants une sorte de partenariat: «Les comités locaux doivent être associés le plus en amont possible aux projets d’énergie marine», reprend-il. Traduction: pourquoi ne pas employer les pêcheurs restés à quai sur les bateaux de maintenance des futures centrales marines? Une question moins anodine qu’il n’y paraît.

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus