La maintenance nucléaire: un dossier désorganisé

Le 13 janvier 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Une visite décennale mobilise plusieurs milliers de travailleurs.
Une visite décennale mobilise plusieurs milliers de travailleurs.
VLDT

Entre allongement des travaux de maintenance et incertitude sur la composition de son parc, EDF peine à établir sa feuille de route nucléaire.

 

L’hiver n’est pas une saison simple pour un électricien. Les soutirages y sont plus forts que durant les autres périodes de l’année. Les périodes de pointe sont aussi plus accentuées. Et, avec le développement du chauffage électrique, les baisses de température annoncent de forts appels de puissance. L’hiver, lorsque le thermomètre baisse d’un degré celsius, la demande bondit de 2.400 MWe.

Bref, pour EDF, la période hivernale n’est pas idéale pour réaliser ses opérations de maintenance. Invités, ce lundi 13 janvier, par l’association des journalistes de l’environnement (AJE), des responsables de l’énergéticien en conviennent. «Nous programmons des opérations prévisibles sur des périodes de 10, 5 et 2 ans», rappelle Stéphane Feutry, délégué d’état-major «Tranche en marche» de la division production nucléaire d’EDF. Si possible, en période de basse consommation.

des mois de travaux

Dans un monde parfait, les opérations récurrentes, comme le rechargement des réacteurs en combustible frais, sont programmées en fin de printemps ou durant l’automne. A cela s’ajoutent les visites décennales (VD). Cette succession d’audits et de travaux est un rendez-vous immanquable pour l’électricien. C’est à l’issue de ces milliers d’opérations de vérifications, de modernisation, de réparation que l’Autorité de sûreté nucléaire autorise (ou non) la poursuite de l’activité de la tranche. Habituellement, les VD durent près de 4 mois. Une durée qui tend à s’allonger. L’an passé, les arrêts de tranches des centrales françaises ont connu 422 jours de retard par rapport aux plannings initiaux, dont la moitié imputables aux déboires rencontrés par les deux premières tranches de la centrale de Flamanville.

L'atome français en petite forme. Le chiffre est tombé. L’an passé, le parc nucléaire d’EDF a produit 379,5 TWh, en baisse de 3,5% par rapport à l’année précédente. L’entreprise espérer flirter avec les 390 TWh. Un espoir douché, notamment, par de longs arrêts de tranche et par le tremblement de terre du Theil, qui a arrêté pour plusieurs semaines 3 des 4 réacteurs de la centrale de Cruas (Ardèche).

Dans le sud de la France, la ponctualité n’est pas plus de mise que dans le Cotentin. La 4e visite décennale du réacteur numéro 1 de Tricastin a duré plus de 6 mois. Très inhabituelle, cette durée s’explique notamment par l’importance des travaux réalisés: construction d’un récupérateur de corium, installation de systèmes redondants de refroidissement, changement du rotor de l’alternateur. Autant d’investissements qui permettront, peut-être, à Tricastin 1 d’être autorisé par l’ASN à fonctionner dix années de plus, soit 50 ans au total.

une durée de vie de 50 ans

Un demi-siècle, c’est précisément la durée de vie que vise EDF pour la vingtaine de réacteurs de 900 MW qui échapperont à la coupe prévue par la loi[1]. Tous devront subir cette très longue VD 4. Ce qui pourrait perturber le calendrier habituel des arrêts de tranches.

Ce calendrier sera aussi chamboulé par la mise en œuvre du programme de fermeture définitive d’une quinzaine de réacteurs entre 2020 (avec les deux tranches de Fessenheim,d’ici au printemps) et 2035. Sans oublier l’arrêt pour raison climatique de quelques tranches au charbon. «Aura-t-on suffisamment de moyens de production pour maintenir la sécurité d’approvisionnement et la qualité de service», s’inquiète Marc Ribière.

Pour le directeur de l’optimisation amont/aval & trading d'EDF, il convient de s’interroger sur la cohérence à trouver entre les besoins en décarbonation de l’énergie et les envies politiques de rééquilibrer le bouquet électrique. Un sujet qui sera probablement évoqué dans la prochaine programmation pluriannuelle de l’énergie, qui devait être publiée avant la fin de l’année … 2019.



[1] La loi sur la transition énergétique de 2015 et la loi énergie climat de 2019 imposent de faire passer de 70 à 50% la part du nucléaire dans la production française d’électricité, à l’horizon de 2035.