La Loire (toujours) polluée au tritium

Le 19 juin 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La centrale de Chinon a-t-elle trop relâché de tritium ?
La centrale de Chinon a-t-elle trop relâché de tritium ?
EDF

L’Acro a détecté des traces de tritium dans de nombreux prélèvements d’eau et de végétaux ligériens. Mais là n’est pas l’essentiel.

 

C’est un cri d’alarme que poussent les trois associations membres du collectif Loire Vienne Zéro Nucléaire: la Loire serait polluée au tritium. Ce mardi 18 juin, ces ONG ont publié les résultats des analyses de végétaux et d’échantillons d’eau fluviale et potable, prélevés à proximité des centrales nucléaires ligériennes.

Réalisées par l’association pour le contrôle de la radioactivité dans l’ouest (Acro), les analyses montrent une très faible contamination du plus grand fleuve de France par plusieurs radioéléments, dont le tritium.

Cet isotope radioactif de l’hydrogène est produit par les installations nucléaires, centrales de production d’électricité ou les usines de retraitement de combustibles, par exemple.

150 échantillons analysés

Dans tous les cas de figure, l’activité détectée par l’Acro dans les 150 échantillons d’eau et de matières végétales analysés est de l’ordre de quelques dizaines de becquerels (Bq) par kg ou par litre. Négligeable.

En condition normale d’exploitation, la réglementation autorise un réacteur de 900 MW (la Loire en compte 10) à rejeter 0,03 g de tritium par an, ce qui représente une activité annuelle de 1,1x1013 Bq. Dix réacteurs de 900 MW sont installés sur les bords de la Loire et de la Vienne son affluent. Leurs rejets tritiés sont fortement dilués par les deux fleuves.

De fait, une étude réalisée, en 2016, par le laboratoire Subatech et le CNRS avait montré un niveau d’activité moyen de 26 Bq/l dans l’estuaire du fleuve. Du tritium toujours.

La pollution radioactive de la Loire est donc chronique et ancienne. Est-elle problématique au plan sanitaire? Non a priori. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande «une valeur guide de 10.000 Bq/l pour le tritium dans l'eau de boisson, à considérer en cas de consommation permanente de l'eau».

Pour autant, l’Acro souligne, qu’en janvier dernier, avoir relevé une concentration de 310 Bq/l dans un échantillon d’eau de Loire, prélevé à Saumur, en aval du site nucléaire de Chinon.

pas d'explication

«Un niveau anormal», reconnaît Michel Baudry, interrogé par Le JDLE, Pour l’adjoint au directeur de l’environnement de l’institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), plusieurs phénomènes peuvent expliquer un pareil pic. L’hypothèse la plus évidente est un rejet «normal» survenu en période de faible débit du fleuve, chose fréquente en cette fin d’hiver.

Autre possibilité: le relâchement d’une bonne dose de tritium par l’un des exploitants de centrale: «ils se concertent pour éviter de relâcher leur tritium en même temps», explique Michel Baudry. Un incident non déclaré n’est pas non plus à exclure. «Cette valeur anormalement élevée par rapport à la contamination généralement observée doit être expliquée par EDF et les autorités», estime l’Acro.

C’est aussi l’avis de l’IRSN qui va étudier les chroniques de rejets de chaque centrale et celles des débits quotidiens de la Loire et de la Vienne. Rendez-vous dans quelques semaines pour en avoir le cœur net.



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