La logistique, le coût caché des circuits courts

Le 22 mars 2018 par Marine Jobert
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La logistique, un coût caché des circuits courts.
La logistique, un coût caché des circuits courts.
VLDT

Ignoré des producteurs, invisible pour les consommateurs, le coût de la logistique pour approvisionner les étals, Amap et autres cantines en produits locaux a désormais son outil d’évaluation. Ouvert à tous, il permet de calculer, outre les coûts relatifs à l'utilisation du véhicule de livraison et au temps consacré aux tâches logistiques, les émissions de gaz à effet de serre et de polluants atmosphériques qu’induit la demande croissante en alimentation issue des circuits courts.

Une salade coupée à la fraîche, livrée tous les jours avant la fin de matinée, à 12 kilomètres de là, dans un magasin de producteurs, ça coûte combien en temps passé, en essence brûlée, en CO2 et en polluants atmosphériques émis? L’engouement pour les circuits courts dans l’alimentaire -du producteur au consommateur, avec un seul intermédiaire entre les deux- n’est pas un scoop. Mais personne n’avait vraiment pris la peine de décortiquer ce que cela implique pour l’agriculteur comme coûts financiers et temps passé d’une part, et comme pollutions pour la collectivité d’autre part. Logicout, un outil d’aide à la décision, vient d’être mis au point dans le cadre de deux appels à projets (AlloCirco[1] et Olico-Seine[2]).

Chers coûts logistiques

Disponible en ligne à partir de cet été, il prend en compte quantité de paramètres, comme le type et l’année du véhicule utilisé pour livrer, son coût de revient au kilomètre, le kilométrage et la durée des trajets effectués, les arrêts pour livrer, le temps passé dans les points de livraison, les quantités transportées, le temps passé aux activités logistiques, le coût de l’heure de travail ou encore les tâches logistiques en amont de la livraison. «Les producteurs calculent très rarement leurs coûts logistiques. Certains ne les couvrent très certainement pas avec leur chiffre d’affaires, a constaté Ludovic Vaillant, chercheur au Cerema et cheville ouvrière de ce logiciel. Alors que ça leur coûte en temps qu’ils ne passent pas aux champs. Or aujourd’hui, toute la logistique repose sur eux.»

Tournées et entraides

Si certains producteurs refusent tout bonnement de compter, au sens propre, leur temps, d’autres réussissent à ne pas se faire avaler par la logistique qu’implique l’engouement pour le ‘manger local’. Les solutions existent. Mettre en place des tournées pour livrer plusieurs clients le même jour. «Cela réduit les coûts de 50 à 75%», précise Ludovic Vaillant. Réfléchir à des systèmes d’entraide entre producteurs, qui peuvent convoyer à tour de rôle les produits des autres vers une destination commune. «Cela pose des questions de confiance, il faut établir des règles du jeu communes», note le spécialiste des organisations logistiques.

Gains sur tous les plans

Après avoir fait tourner Logicout sur plusieurs cas concrets, il apparaît que les gains financiers et en temps que réalisent les producteurs en trouvant des solutions alternatives se retrouvent dans les gains environnementaux. Assez logique puisque, pour tout trajet évité, c’est moins d’essence consommé, de temps consacré et de rejets atmosphériques. Toutefois, la logistique ne s’arrête pas aux portes de la camionnette, il faut comprendre ce terme dans une acception plus large que celle du seul transport. «La vente de viande, depuis l’atelier jusqu’à l’étal, implique de la découpe, de la mise sous vide, de l’étiquetage, qui prennent plus de temps que la livraison», détaille Ludovic Vaillant.

Un outil pour les collectivités locales

Les collectivités locales qui ont envie de régaler les enfants des cantines avec des carottes locales seraient bien avisées de se familiariser avec l’outil. «Intéressez-vous à la façon dont ces produits locaux vont venir, au lieu de vous focaliser sur les capacités locales en maraîchage», les incite Ludovic Vaillant. Pour les chefs des cantines, habitués aux livraisons des grossistes commandées d’un jour sur l’autre, c’est aussi la possibilité de comprendre les contraintes de ces nouveaux fournisseurs, «qui ne peuvent livrer leur production en un claquement de doigts». A la clé, le respect des rythmes des producteurs, tout en restant dans les clous des prix des appels d’offres.



[1] Ce projet a été mené par le Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (Cerema) et l’Institut français des sciences et technologies des transports, de l'aménagement et des réseaux (Ifsttar) avec la chambre régionale d’agriculture des Hauts-de-France. Il visait à mieux connaitre les paramètres des organisations logistiques mises en place par les producteurs pour distribuer leurs produits en circuits courts.

[2] Ce projet financé par le contrat de plan Vallée de Seine a été mené par le Cerema, en partenariat avec l’Ifsttar, la chambre d’agriculture de Normandie, l’association Bio Normandie, l’Agence d’écologie urbaine de Paris et la Ruche qui dit oui!.

 



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