La ligne Est du TGV, une barrière pour la faune

Le 08 juin 2007 par Claire Avignon
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La ligne Est du TGV joue beaucoup sur son image écolo, et elle devrait en effet permettre de réduire les émissions de CO2 dues aux transports dans la région. Mais c’est aussi une grande infrastructure qui entraîne inévitablement des impacts environnementaux.

Le poisson-météo est devenu le symbole de la ligne TGV Est, qui doit être inaugurée dimanche 10 juin. Ce poisson rare, qui a la particularité de s'agiter 24 heures avant un orage, a été découvert en 2003 dans le ruisseau de la Prêle, lors de la construction des piles du viaduc de la Meuse. Sa préservation est assurée puisqu'il fait désormais partie du réseau Natura 2000.

Cette agréable anecdote ne doit pas faire oublier que la ligne est avant tout une menace pour la nature. «Il faut comparer le TGV à une autoroute, indique Pierre Tiercelin, directeur de la Direction régionale de l'environnement (Diren) Lorraine. Tous les deux sont clôturés et c'est cet effet barrière que nous essayons surtout de minimiser.» La fragmentation des territoires, en isolant certaines espèces, constitue l'un des principaux facteurs d'appauvrissement de la biodiversité avec le réchauffement climatique et le commerce.

Pour limiter ce risque, les Diren concernées et les associations de protection de l'environnement se sont impliquées dès le tracé de la ligne, au milieu des années 1990. «A l'époque, les discussions ont été dures avec Réseau ferré de France (RFF, le maître d'ouvrage,)», témoigne Philippe Caron, directeur de la Diren Champagne-Ardenne, et ancien directeur du Parc naturel régional de Lorraine. Il faut dire que les enjeux étaient de taille pour chaque partie: les défenseurs de la nature voulaient que soient évités au maximum les sites écologiques les plus intéressants. D'un autre côté, explique Thierry Jancowski, porte-parole de RFF, «l'intérêt du TGV, c'est sa rapidité . Si, pour éviter toutes les zones protégées, on double les temps de trajet, on annule cet intérêt.» C'est pourquoi, tout en protégeant la plupart des grands ensembles naturels, la ligne traverse deux parcs naturels régionaux.

Après la phase d'évitement des impacts, RFF, les Diren et les ONG se sont intéressés à leur atténuation, avec la création de corridors écologiques. «C'est un enjeu d'autant plus important qu'avec le réchauffement climatique, on ne pourra maintenir la biodiversité qu'en donnant la possibilité aux espèces de se déplacer vers le nord», explique Philippe Caron. Les passages utilisés par la faune ont donc été identifiés, et leur densité et leur importance mesurées. «On a également observé la viabilité des populations. Lorsque deux petites populations de batraciens étaient séparées, on prévoyait la construction de batracoducs pour les mettre en contact», continue Philippe Caron.

D'autres mesures ont été également mises en place. Des hectares de forêt ont été coupés, mais RFF a assuré la reconstitution des lisières pour favoriser la biodiversité. «Nous avons également essayé d'orienter les vols des oiseaux grâce notamment à des plantations d'arbres, conçus comme des écrans qui obligent les oiseaux à passer au-dessus des rames», indique Pierre Tiercelin.

Malgré tout, certaines zones ont été détruites par les travaux de la ligne. C'est alors qu'interviennent les mesures de compensation. Elles ont été essentiellement mises en place en Lorraine qui compte une douzaine de projets. RFF a acquis des sites à proximité des zones détruites, puis les a rétrocédés au Conservatoire des sites naturels lorrains, une association de protection du patrimoine naturel, chargé de les protéger ou de les restaurer. «Pour une grotte abritant des chauves-souris, la gestion se limite à l'entourer d'une grille, illustre Mathieu Millot, chargé de mission de l'association. Mais pour une pelouse calcaire, il faut la débroussailler régulièrement.» RFF a financé les plans de gestion et de planification des gros travaux, mais le conservatoire va également devoir chercher des fonds complémentaires auprès des conseils généraux et régionaux ainsi que de l'agence de l'eau locale.

Maintenant que le chantier est achevé, RFF a l'obligation de surveiller jusqu'en 2012 l'impact de la ligne sur la faune et la flore, mais également sur les cours d'eau, l'évolution des paysages et les nuisances sonores. Un observatoire a donc été créé incluant le suivi de 50 sites naturels auquel les Diren et les ONG seront particulièrement attentives. «Cela va montrer où l'on s'est trompé», estime Pierre Tiercelin. Même son de cloche pour son collègue de la Diren Champagne-Ardenne: «Des surprises pourraient survenir, car en matière de biodiversité, on peut faire des erreurs. Certains passages pour la faune fonctionnent très bien, d'autres pas du tout».




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