La lente entrée dans l’Anthropocène

Le 30 août 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Pierre Teilhard de Chardin fut l'un des premiers à proposer une nouvelle appellation à notre époque.
Pierre Teilhard de Chardin fut l'un des premiers à proposer une nouvelle appellation à notre époque.
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Constatant que l’être humain modifie la planète, des scientifiques proposent de débaptiser notre époque géologique. Un processus qui demandera du temps.

Les géologues travaillent sur le temps long. Et quand la plus petite unité de temps reste le million d’années, inutile de se presser avant de prendre une décision. C’est d’ailleurs le mode de fonctionnement de la Commission internationale de stratigraphie (CIS). Plus ancienne branche de l’Union internationale des sciences géologiques (UISG), la CIS a la charge d’établir une échelle des temps géologiques acceptée par tous: géologues, paléontologues, etc. Depuis la fin des dernières glaciations, nous sommes ainsi dans l’ère du Cénozoïque, le système du quaternaire et l’époque de l’Holocène (l’époque récente). Et si ça n’était plus le cas?

Perturber le climat pendant 50.000 ans

C’est la question posée depuis 16 ans par Paul Crutzen et Eugene Stoermer. Dans un court article publié dans Global Change Newsletter, le chimiste néerlandais et le biologiste américain estiment que nous avons changé d’époque géologique. Reprenant les constats faits en leur temps par le géologue russe Vladimir Vernadsky ou le jésuite français Pierre Teilhard de Chardin, les deux scientifiques constatent que les activités humaines auront des conséquences durables et globales. «Les 160 milliards de tonnes de dioxyde de soufre que relâche annuellement la combustion du charbon et du pétrole représentent deux fois les émissions naturelles de soufre.» Il y a désormais dans les sols plus d’azote de synthèse, via les engrais, que d’azote naturel. Sans oublier les émissions de gaz à effet de serre qui pourraient perturber le climat durant les 50.000 prochaines années.

Pas de Noosphère

Conclusion: nous avons bien changé d’époque géologique. Et les deux auteurs de lui donner un nom: Anthropocène (l’âge de l’homme), qu’ils préfèrent à la Noosphère (la sphère de la pensée humaine) évoquée par Vladimir Vernadsky et Pierre Teilhard de Chardin.

En 2009, l’UISG charge la CIS de former un groupe de travail ad hoc. Les discussions se poursuivent plusieurs années. Jusqu’à ce que les membres dudit groupe se montrent favorables au changement de série, dans un article publié en début d’année dans Science. Pour eux, plus de doute possible, les strates du sous-sol sont riches de créations humaines: béton, plastiques, suies de combustion d’hydrocarbures.

Des couches inédites

Tous ces nouveaux matériaux sont largement disséminés dans le sol, formant une couche géologique inédite. Les auteurs n’oublient pas non plus l’accélération de la disparition d’espèces vivantes, le changement du climat, la montée du niveau de la mer, etc. Pour résumer, les scientifiques estiment que ces signatures stratigraphiques sont «soit entièrement nouvelles par rapport à celles retrouvées dans l’Holocène et lors des époques précédentes, soit quantitativement au-delà de la gamme de variation trouvée lors des subdivisions de l’Holocène».

Signaux stratigraphiques

La communication faite, place au boulot. Lundi 29 août, les membres du très sélect groupe de travail ont adressé leurs recommandations au Congrès géologique international, qui se tient en Afrique du Sud jusqu’au 4 septembre. Oui, expliquent-ils dans un communiqué, nous avons changé d’époque géologique. Celle-ci peut être formalisée sous le nom d’Anthropocène. Ses premiers signaux stratigraphiques sont l’accroissement de la concentration atmosphérique de gaz carbonique (CO2) et la présence dans le sol de particules de plutonium, radioélément artificiel largement épandu par les retombées des tirs nucléaires.

«Grande accélération»

Est-ce à dire que nous allons devoir changer, dès la rentrée, nos tableaux chronostratigraphiques? Pas si vite, malheureux. Les résultats des cogitations de la commission doivent maintenant être transmis à la sous-commission de la stratigraphie du quaternaire. Si celle-ci vote, à une forte majorité, dans le même sens que le groupe de travail, une résolution pourra alors être proposée à la CIS. Laquelle devra ensuite être ratifiée par le comité exécutif de l’UISG.

Il s’était écoulé 52 ans entre le moment où Charles Lyell proposa de nommer Holocène l’époque post-glaciaire et le moment où le congrès international de géologie en accepta l’idée, en 1885. Malgré la «grande accélération» géologique constatée par les scientifiques, l’entrée dans l’époque de l’Anthropocène ne devrait pas être beaucoup plus rapide.



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