La jeunesse «guidée par un besoin de justice»

Le 15 mars 2019 par Romain Loury
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Valérie Masson-Delmotte
Valérie Masson-Delmotte
VLDT

Après les rapports du Giec et les COP, place à l’«Affaire du siècle», aux marches et grèves mondiales pour le climat. Selon la climatologue Valérie Masson-Delmotte, cette appropriation sociale de la question climatique est le signe d’une «prise de conscience très profonde», face à des dangers désormais bien perçus.

Face aux constats scientifiques qui ne cessent de s’accumuler, une action citoyenne de masse se dessine enfin. Car depuis quelques mois, la lutte contre le réchauffement climatique connaît un tournant majeur: débordant largement du cadre associatif, la mobilisation gagne désormais la société civile, particulièrement la jeunesse. Le point de vue de Valérie Masson-Delmotte, paléoclimatologue.

JDLE: Vous avez récemment animé une conférence à Angers devant des étudiants sur le changement climatique. Comment jugez-vous l’état d’esprit de la jeunesse face au changement climatique?

Valérie Masson-Delmotte: Parmi les 500 étudiants et lycéens présents, l’ambiance était très vibrante, avec une attention soutenue et une très forte envie de participer. J’ai le sentiment que nous sommes face à une prise de conscience très profonde, en particulier chez les jeunes. Les gens réalisent ce qui se passe à l’échelle de leur propre ressenti. Des choses qui n’étaient perçues, dans les années 1980, que par la communauté scientifique sont désormais visibles par tout le monde. Dans de nombreux domaines, que ce soit l’activité humaine ou au niveau des milieux naturels.

JDLE: Il y aurait donc, enfin, une réelle appropriation du contenu scientifique?

Valérie Masson-Delmotte: Oui, elle se fait de manière très large, et c’est quelque chose de nouveau. Par exemple, le résumé pour décideurs du rapport sur l’objectif 1,5°C [publié en octobre 2018 par le Giec[i], ndlr] a fait, pour la première fois, l’objet d’une traduction citoyenne en français [par une quinzaine de citoyens non associatifs, ndlr]. Il y a derrière cela l’idée de s’approprier les connaissances, au-delà des efforts des scientifiques pour expliquer les choses aussi clairement qu’ils le peuvent. Je suis très admirative de cet effort.

JDLE: Quel est, selon vous, le facteur déclenchant de cette mobilisation?

Valérie Masson-Delmotte: C’est le sentiment que la crise est déjà là, mais que les gouvernements font encore trop souvent preuve d’inaction. Pour de nombreuses personnes, il est insupportable de ne pas agir contre le réchauffement, il y a un fort sentiment de décalage entre les possibilités d’action et la réalité de l’inaction.

Le rapport 1,5°C met l’accent sur ce qui va se passer entre 2030 et 2050. Or cette période, c’est l’avenir des jeunes qui sont actuellement au lycée. A l’âge adulte, ils seront confrontés à des évènements climatiques plus fréquents, tels que les vagues de chaleur, les sécheresses et les inondations.

JDLE: Quel est le moteur de cette mobilisation, comment passe-t-on d’un pessimisme résigné à une volonté d’action et de descendre dans la rue?

Valérie Masson-Delmotte: Il y a l’idée que l’on peut fabriquer des transitions justes, et que cette justice est une question qui mérite d’être mise en priorité dans la lutte contre le réchauffement. Chacun doit contribuer, pas seulement les plus vulnérables. C’est même probablement la question la plus importante: celle d’une transition éthique et juste. Et les jeunes sont particulièrement guidés par ce besoin de justice. Longtemps, la question du réchauffement a été traitée, en particulier dans les médias, selon des cycles d’espoir et de désespoir, ce qui peut être très démobilisateur. Nous avons au contraire besoin de stratégies claires.



[i] Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat

 



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