La hulotte menacée par l’effondrement des pics de campagnols

Le 19 mars 2014 par Romain Loury
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La chouette hulotte, bientôt en déclin?
La chouette hulotte, bientôt en déclin?

La chouette hulotte connaîtrait des difficultés croissantes à se reproduire, en raison de fortes perturbations de la démographie des campagnols, selon une étude franco-britannique publiée dans la revue Global Change Biology.

Proie de choix pour de nombreuses espèces (renards, chats sauvages, chouettes, busards, faucons, etc.), le campagnol présente une particularité démographique: tous les 3 ans, les populations atteignent un pic très élevé, en moyenne de 200 fois le nombre normal d’individus. «Parfois jusqu’à 1000 fois», explique au Journal de l’environnement Alexandre Millon, maître de conférences à l’Institut méditerranéen de biodiversité et d'écologie marine et continentale (IMBE)  (CNRS/université d’Aix-Marseille).

Or «depuis le début des années 1990, on observe un aplatissement de ces pics», avec de moindres variations d’une année à l’autre, ajoute le biologiste. S’il est à ce jour inexpliqué, ce phénomène est observé sur l’ensemble de l’Europe, suggérant «une cause globale» telle que les changements climatiques, explique Alexandre Millon [1]. Ce qui ne serait pas sans impact sur ses prédateurs, dont la chouette hulotte.

Dans son étude, menée en collaboration avec des chercheurs montpelliérains et écossais, le biologiste a analysé une population de ces rapaces nocturnes vivant dans la forêt de Kielder (nord de l’Angleterre), dont environ 3.000 individus ont été bagués depuis 27 ans. «Un jeu de données démographiques exceptionnel», que les scientifiques ont comparé aux fluctuations populationnelles du campagnol… avec des résultats plutôt inquiétants.

«Les années à campagnols, près de 90% des couples de chouettes hulottes se reproduisent. Les mauvaises années, seul un tiers des couples ont une progéniture» explique Alexandre Millon. D’où l’inquiétude quant à ces changements de cycles du campagnol. D’autant que les pics qui s’aplatissent le plus sont ceux du printemps –d’autres surviennent à l’automne-, période de reproduction de la hulotte.

 

Pas d’effet sur les effectifs de hulottes… pour l’instant

A ce jour, les chercheurs disent n’avoir constaté aucun effet sur la population de hulottes, qui reste stable. Rien d’anormal à cela: le volatile peut vivre jusqu’à 20 ans, et une éventuelle baisse pourrait être compensée par l’arrivée de nouveaux individus, immigration qui aurait récemment doublé dans la forêt de Kielder.

Toutefois, «on prédit un fort déclin si la dynamique actuelle de la population de campagnols se poursuit», prévient Alexandre Millon. A moins d’une «réponse évolutive»: selon le biologiste, rien n’exclut que les hulottes vivant actuellement dans la forêt de Kielder, qualifiées de «spécialistes» du campagnol, soient remplacées par des «généralistes» venues d’ailleurs, au menu plus varié.

Difficile aussi de savoir quel est l’impact sur les autres consommateurs de campagnols. «Au minimum, cela impliquera une profonde réorganisation de la chaîne alimentaire», estime Alexandre Millon.

[1] Le chercheur écarte en revanche l’hypothèse des rodenticides, qui n’auraient que des effets locaux. Locaux mais réels, comme en témoigne la menace que constitue la bromadiolone pour les prédateurs du campagnol (voir le JDLE).



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