La Guadeloupe toujours en lutte contre le chlordécone

Le 15 septembre 2006 par Agnes Ginestet
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
MOY_bananes
MOY_bananes

Des partis et associations locales ne cessent d’exprimer leurs inquiétudes face à la présence de cette substance dans l’environnement. Et ce, malgré certaines mesures prises par les autorités visant à réduire les risques sanitaires.

«Les générations futures sont menacées. Il faut que le gouvernement investisse dans la décontamination», dénonce Marie-Line Pirbakas-Groevius, porte-parole des Verts Guadeloupe. Depuis 2005, l’association Agriculture, société, santé, environnement (Asse) et d’autres regroupements comme l’Union des petits agriculteurs de Guadeloupe mènent des opérations de sensibilisation sur le problème du chlordécone. Cette molécule potentiellement cancérogène est capable de demeurer dans le sol pendant des dizaines d’années. Présente dans le pesticide Curlone destiné à traiter les bananiers, elle a été interdite à partir de 1993 en Guadeloupe. Mais des ventes illégales ont cependant été repérées par la suite.

L’Asse et ses partenaires estiment ne pas être suffisamment entendus par les autorités compte tenu de la pollution endurée. C’est pourquoi ils ont porté plainte contre X en février 2006, notamment pour mise en danger d’autrui. Une collecte réalisée auprès de la population guadeloupéenne a permis de payer les 2.500 euros de consignation exigés par le tribunal avant qu’une enquête soit ouverte. «Nous attendons que toutes les responsabilités soient reconnues» insiste Marie-Line Pirbakas-Groevius, qui espère du nouveau pour la rentrée.

Les premières détections de chlordécone dans des végétaux consommés datent de 2002. «Sur 48 prélèvements effectués en 2002, dont 24 sur légumes-racines, il y a eu 9 détections de chlordécone. Les concentrations allaient de 0,01 milligramme par kilogramme (mg/kg) de légume à 0,15 mg/kg, soit des valeurs en-dessous des seuils fixés plus tard dans les arrêtés d’octobre 2005 (1)», indique Jean Schonne, inspecteur principal à la Concurrence, consommation, répression des fraudes (CCRF) Guadeloupe. Ce service est chargé de contrôler la présence de pesticides dans les fruits et légumes, du producteur au distributeur, en passant par les bateaux contenant des fruits en provenance de la Dominique. «On couvre l’intégralité de la chaîne», indique Jean Schonne.

En 2004, la CCRF a relevé également des non-conformités sur des végétaux aériens: concombre, gingembre, giraumon, melons… Cette année, 180 prélèvements seront réalisés, soit 375% de plus qu’en 2002. «Sur 116 analyses faites jusqu’à présent au cours de l’année 2006, il n’y a pas eu de non-conformité au chlordécone, ni pour les légumes-racines, ni pour les autres végétaux» affirme Jean Schonne.

Dans un rapport publié le 11 octobre 2005, l’Agence française de la sécurité sanitaire des aliments (Afssa) a proposé des limites maximales provisoires de contamination dans les principaux aliments vecteurs (concombre, igname, melon…). Deux arrêtés préfectoraux ont été pris les 5 et 10 octobre de la même année en Guadeloupe, qui fixent les limites maximales de résidus (LMR) actuellement en vigueur. Ainsi, 7 produits vecteurs sont considérés comme impropres à la consommation lorsqu’ils présentent une teneur en chlordécone supérieure à 0,05 mg/kg. La limite est de 0,2 mg/kg concernant les autres produits. «Pour nous, ces LMR ont été posées de façon aléatoire. Les doses chimiques ne correspondent à rien pour la ménagère qui achète ses légumes», dénonce Marie-Line Pirbakas-Groevius.

Un arrêté préfectoral pris en 2003 (2) a toutefois imposé aux agriculteurs guadeloupéens de prélever des échantillons de leurs sols avant mise en culture des légumes-racines afin de vérifier s’il y a ou non présence de chlordécone. Les analyses sont faites en métropole, et les résultats arrivent souvent alors que les légumes ont déjà poussé. «Les agriculteurs sont pénalisés car si les résultats au chlordécone sont positifs, ils doivent faire analyser les récoltes, voire les détruire, à leurs frais» explique Marie-Line Pirbakas-Groevius.
L’Asse espère obtenir rapidement l’indemnisation des agriculteurs dont les cultures ont dû être arrachées. Certains d’entre eux se trouveraient dans des situations financières critiques.

(1) Arrêtés du 5 octobre 2005 et du 10 octobre 2005 relatifs à la teneur maximale en chlordécone que ne doivent pas dépasser certaines denrées d'origine animale pour être reconnues propres à la consommation humaine (J.O. n° 238 du 12 octobre 2005 page 16218, texte n° 31 et J.O n° 238 du 12 octobre 2005, page 16217, texte n° 8)

(2) Arrêté préfectoral du 20 mars 2003 qui impose à tout producteur de cultures à risque, une analyse préventive du sol de la parcelle, et dans certains cas une analyse de la récolte avant commercialisation


A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus