«La géothermie souffre d'un déficit d'image qui est catastrophique»

Le 09 avril 2010 par Geneviève De Lacour
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Christian Boissavy
Christian Boissavy

Les premières assises de la géothermie se sont tenues le 6 avril à Paris, regroupant de nombreux organismes ainsi que des industriels du domaine. L'occasion pour le consultant Christian Boissavy d'annoncer la création de l'Association française de géothermie qui sera lancée le 15 juin prochain.

Vous avez annoncé lors des premières assises de la géothermie la création de l'Association française de géothermie. Pourquoi créer un tel organisme maintenant?                                                                                                                    Il s'agit d'une période un peu particulière. Un Monsieur «Géothermie et captage de CO2» vient d'être nommé à la Direction générale de l'énergie et du climat (DGEC). Il est chargé d'établir la stratégie du Meeddm en matière de géothermie et de stockage souterrain de CO2. Dans le même temps, l'Ademe et le BRGM ont considéré que la création d'une association de la géothermie était devenue incontournable pour structurer la filière. Ce sont eux qui sont à l'initiative de cette création et qui m'ont demandé de m'en occuper. Il faut dire que l'Egec (European Geothermal Energy Council), l'association européenne que j'ai créée, existe depuis déjà 12 ans et que nos voisins européens possèdent depuis longtemps des groupes de professionnels de la géothermie. Enfin, pour atteindre les objectifs du Grenelle de l'environnement en matière d'énergie renouvelable, la France vise à multiplier par 6 la production d'énergie par géothermie d'ici 2020 en essayant d'atteindre une production de 500.000 tonnes équivalent pétrole. L'objectif étant que la géothermie, qui bénéficie du fonds Chaleur, représente 10,5% des énergies renouvelables en 2020.

 

 

Comment est née cette association? Qui va en faire partie?

Nous avons organisé une réunion de préparation le 16 février dernier avec environ 150 foreurs, bureaux d'étude, vendeurs de pompes à chaleur, en fait tous les acteurs de la géothermie. Et l'initiative a été exceptionnellement bien accueillie par tous ces acteurs. Lors de cette réunion, 4 groupes de travail ont été établis: l'un sur la géothermie assistée par pompe à chaleur (PAC) collective, le deuxième pour la géothermie assistée par PAC individuelle, le troisième concerne l'usage direct, c'est-à-dire le captage dans la nappe profonde du Dogger, et le dernier portant sur la fabrication d'électricité à partir des sources les plus chaudes.

 

Quels seront les objectifs de l’association?

On prévoit une explosion du marché de la géothermie dans les années à venir. Il s'agissait donc de créer un organisme puissant capable de garantir la qualité du travail des professionnels qui y adhèrent. Il est d'ailleurs prévu que l'association se dote d'une charte professionnelle.

 

La France est très bien placée en matière de ressources puisqu'elle possède des bassins sédimentaires étendus, des aquifères à la fois profonds et peu profonds, et des zones comme l'Alsace ou les Pyrénées où l'on peut capter de l'eau à 150°C pour produire de l'électricité. Et la technique est mature. La géothermie profonde du Dogger est exploitée depuis plus de 25 ans. Mais il existe un problème de manque d'expertise: seuls deux à trois experts sont recensés au niveau bureau d'étude, tout comme au niveau des forages profonds. L'enjeu est donc aussi de structurer une filière pour que les nouveaux acteurs de la géothermie puissent se servir des outils déjà existants.

 

Actuellement les objectifs de l'association sont en cours d'élaboration. Mais déjà le groupe de travail «géothermie assistée par PAC collective» a mis en avant le manque de démonstrateurs et de sites témoins, très utiles quand il faut expliquer et montrer la technique aux élus. L'autre urgence est d'inventorier toutes les opérations PAC. Pour l'instant, la Drire ne dispose que d'une liste très incomplète des opérations réalisées. Beaucoup ne sont soumises qu'à simple déclaration et les dossiers ne contiennent pas assez de détails géologiques, d'informations qualitatives. Un gros travail d'inventaire est donc à faire.

 

 

 

Pourquoi la géothermie n'est-elle pas plus visible en France?

C'est vrai: alors qu'en Allemagne se tiennent chaque année plus d'une vingtaine de salons sur le sujet, en France ce sont les premières assises de la géothermie que nous organisons. Lors des salons concernant les énergies renouvelables, l'éolien ou le solaire sont largement représentés, alors que la géothermie demeure peu visible. Elle souffre de son déficit d'image, ce qui est catastrophique pour la filière. Tout le monde pense que la technique est compliquée parce qu'il faut réaliser des études géologiques, que la technique est très spécifique à chaque site. Bien sûr, ces études sont nécessaires avant de se lancer dans un forage mais elles ne sont pas si compliquées que cela.

 

La France possède une réelle compétence en matière de géothermie profonde, avec la nappe du Dogger. Mais la géothermie peu profonde, sur des nappes alluviales comme celle de la Seine, reste peu développée alors qu'elle peut profiter au plus grand nombre. Certes, ces installations produisent de faibles quantités de chaleur, mais elles peuvent se multiplier à l'infini. Et puis elles sont faciles à mettre en place. L'association aimerait favoriser le développement de cet aspect sans oublier les autres.

 



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