La géo-ingénierie s'invite à Durban

Le 02 décembre 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Refroidir le climat en détournant l'énergie solaire de la terre.
Refroidir le climat en détournant l'énergie solaire de la terre.
Jeudi 1er décembre, la Solar Radiation Management Governance Initiative (SRMGI) a mis en ligne un rapport sur la «gouvernance de la recherche» concernant certaines technologies sensées pouvoir contrebalancer le réchauffement climatique: la «gestion des radiations solaires» ou GRS.
 
Derrière ces terminologies un peu fumeuses se cachent des réalités bien concrètes. A commencer par la GRS. Dans le principe, rien de bien sorcier. Il s’agit juste d’empêcher une partie de l’énergie solaire de chauffer la planète.
 
Pour ce faire, c’est compliqué. Il faudrait envoyer des miroirs géants dans l’espace pour renvoyer une fraction de la lumière astrale vers les étoiles. Ou faire faire le même travail par les nuages en les blanchissant. Ce qui implique juste de les brumiser un peu avec de l’eau de mer.
 
On peut aussi jouer au volcan anthropique, en diffusant des millions de tonnes de particules de sulfate qui bloqueraient aussi l’énergie solaire. Bref, autant de technologies, un peu folles, qui n’ont jamais été expérimentées et dont nul n’est capable de prédire les effets régionaux et locaux.  
 
Mais revenons à l’organisation qui est à l’origine du rapport, la SRMGI. Parfaitement inconnue il y a encore quelques semaines, ce consortium rassemble, pêle-mêle, la Royal Society (l’académie des sciences britannique qui fut la première à phosphorer sur la géo-ingénierie), Environmental Defense Fund (une ONG écologiste américaine), la peu connue académie des sciences des Pays en développement (basée à Trieste).
 
C’est évidemment à la rubrique des mécènes que l’on trouve les commanditaires de l’opération. The Fund for Innovative Climate and Energy Research entend trouver des solutions technologiques aux changements climatiques. Il est, en partie, financé par Bill Gates, lequel n’a jamais caché son soutien philosophique et financier à la géo-ingénierie.
 
The Carbon War est une ONG qui travaille sur les moyens techniques de réduire les émissions de gaz à effet de serre, notamment celles du secteur aérien. Son créateur, un certain Richard Branson (le patron du groupe Virgin et de sa compagnie aérienne), promet 25 millions de dollars (18,67 millions d’euros) à qui trouvera un moyen de stabiliser le climat.
 
Zennström Philanthropies est le fonds caritatif de Niklas Zennström, le fondateur du logiciel de communication Skype. Lui aussi un grand adepte des solutions techo.
 
Que dit le rapport? De prime abord, le document est plutôt positif. Il rappelle ce que soulignent maints climatologues: la GRS présente des risques, sa faisabilité et ses bienfaits restent à prouver. Ses auteurs estiment cependant qu’un moratoire (comme prévu par le protocole de Nagoya sur la biodiversité) «sera difficile, voire impossible à faire respecter».
 
Raison pour laquelle la SRMGI propose de concevoir, avec d’autres, les règles de bonne gouvernance de la GRS. Afin, on l’imagine, de passer rapidement aux choses sérieuses.
 
Sans cadre juridique ni soutien politique, les adeptes de la climatisation de la planète savent bien qu’il sera difficile d’entraîner l’opinion publique derrière eux. Celle-ci s’oppose souvent aux projets de stockage géologique de carbone. Il y a quelques semaines encore, des associations ont torpillé une expérimentation britannique de brumisation de l’atmosphère.
 
Ces chercheurs et entrepreneurs ont aussi bien compris que le personnel politique n’a pas su définir de politique permettant d’atteindre de limiter le réchauffement à 2°C. Au mieux, estiment de nombreux climatologues, le mercure du thermomètre mondial devrait s’élever de 3 à 3,5°C d’ici la fin du siècle. «La gestion des radiations solaires pourrait être un plan B, mais nous devons savoir comment faire de la recherche», analyse Steve Hamburg, le vice-président de la SRMGI.
 
Reste à savoir si les politiques continueront de privilégier la réduction des émissions et l’adaptation. Ou s’ils préfèreront opter pour le plan B, quitte à jouer les apprentis sorciers.


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