La France va traquer les GES par satellite

Le 16 janvier 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Avec TanSat, la Chine dispose déjà d'un satellite traqueur de CO2 atmosphérique.
Avec TanSat, la Chine dispose déjà d'un satellite traqueur de CO2 atmosphérique.
RSCC, ESA

Trois centres de recherches et autant de groupes industriels lancent, ce 16 janvier, le programme Trace. Soutenu par l’ANR (Agence nationale de la recherche), il vise à affiner l’évaluation fine des émissions de gaz carbonique et de méthane, des pays, des usines et des collectivités. L’une des retombées de l’Accord de Paris.

C’est l’un des acquis — peu médiatisé — de l’Accord de Paris. Désormais, ce ne sont plus seulement une quarantaine de pays industrialisés qui doivent tenir à jour leur comptabilité carbone, mais la totalité des nations ayant ratifié l’accord conclu à l’issue de la COP 21. Des données qui devront être validées par des tiers. Or, rien de plus imprécis que l’évaluation des émissions nationales de gaz à effet de serre (GES) : «pour un pays comme la Chine, on estime entre 10 et 15% l’imprécision des chiffres officiels», commente Philippe Ciais, directeur de recherche au Laboratoire des science du climat et de l'environnement (LSCE).

Concurrence internationale

Et plus la cible des capteurs est petite (une collectivité, une usine), plus le facteur d’imprécision peut être important. «Aux États-Unis, quelques puits de gaz de schiste peuvent fausser des résultats régionaux», poursuit le nouveau récipiendaire de la médaille d’argent du CNRS. D’où l’importance d’affiner la précision et l’exactitude des systèmes d’évaluation des émissions de GES anthropiques.

États-Unis, Japon, Royaume-Uni, Allemagne ont déjà lancé des programmes de mesure des rejets carbonés depuis l’espace. Il y a quelques jours, la Chine a brièvement communiqué sur les premiers résultats de son programme TanSat : un micro satellite qui embarque, depuis mars 2016, un spectromètre capable d’évaluer la concentration de gaz carbonique dans l’air, sur une surface de 4km2, avec une précision de 1%.

Services commerciaux

Cette traque au CO2 atmosphérique a deux finalités : vérifier la véracité des futures déclarations nationales et développer de nouveaux services commerciaux. «C’est un enjeu scientifique de premier ordre», confirme Jean-François Doussin, délégué scientifique Océan-Atmosphère du CNRS.

Consciente du caractère stratégique de cette compétence en devenir, l’agence nationale de la recherche (ANR) a choisi, en juin dernier, de financer la chaire industrielle Trace sur le suivi des émissions de GES. Réunissant les chercheurs du CEA, du CNRS, de l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, mais aussi des ingénieurs de Thales, de Total et de Suez, ce programme vise à développer, en 4 ans, de nouvelles méthodes de suivi du dioxyde de carbone et du méthane depuis l’espace et à proximité des sites émetteurs.

Traquer le biogaz de décharge

Le sujet intéresse diantrement les industriels. Grand gestionnaire de centres de stockage de déchets, Suez entend affiner ses évaluations d’émissions de biogaz de décharge. Pour Total, qui veut développer ses activités gazières (le gaz est pour le groupe français l’énergie de la transition, ndlr), disposer d’un système de surveillance de ses infrastructures permettrait de détecter et de colmater au plus vite les émissions fugitives. Des fuites de gaz que Valérie Quiniou, la directrice climat du pétrogazier, évalue à 0,5% de sa production. Pas si neutre.

Réduire les coûts des capteurs

Dans le cadre du programme Trace, Thales prévoit de construire une ligne de produits spatiaux, dans la lignée de ce qu’a pu faire le constructeur de satellites dans le secteur de l’altimétrie. Des progrès sont aussi espérés dans le domaine des capteurs de GES au sol. «Aujourd’hui, de tels appareils coûtent 60.000 euros. Notre objectif est de faire chuter le prix d’un facteur 100», affirme Philippe Ciais, qui coordonne le programme. Cette miniaturisation annoncée permettra d’embarquer des systèmes de mesures dans des ballons ou des drones, pour effectuer des mesures au dessus de complexes industriels, voire de collectivités. On pourra alors enfin évaluer avec précision l’efficacité des plans climat. Ce n’est pas trop tard.

 

 



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