La France reste contaminée aux PCB

Le 15 octobre 2010 par Célia Fontaine
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5 grands bassins hydrographiques sont contaminés aux PCB.
5 grands bassins hydrographiques sont contaminés aux PCB.

Robins des bois publie la 5e édition de son « Atlas des sites terrestres et des eaux adjacentes pollués aux PCB ». 416 sites en France s’avèrent touchés. Les plus concernés sont les bassins de la Seine et du Rhône, les lacs alpins, le Rhin, la Moselle, la Somme et leurs affluents, de même que le Nord/Pas-de-Calais et ses canaux.

24 sites de production, 41 sites de regroupement, de maintenance et d’élimination, 281 sites et remblais pollués, 70 récupérations non autorisées de cuivre… Au total 416 sites qui connaissent une pollution aux polychlorobiphényles (PCB). Sous ce vocable se cachent des « composés aromatiques chlorés, également connus en France sous le nom de pyralènes », selon la définition de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). La famille des PCB regroupe 209 molécules.

« Leur stabilité chimique et leur ininflammabilité ont conduit à utiliser ces produits principalement comme fluides diélectriques (huile) principalement dans les transformateurs et les condensateurs, mais également dans certains radiateurs ou autres équipements électriques », explique le ministère de l’écologie sur son site. Ils ont été largement utilisés comme lubrifiants dans les turbines et les pompes, pour le traitement du métal, les soudures, les adhésifs, les peintures et les papiers autocopiants sans carbone.

Beaucoup de PCB ont été rejetés dans l’environnement pendant les fabrications, en cours d’usage et après usage. Du fait de leur persistance (ces produits sont peu biodégradables) et leur capacité à être transportés sur de grandes distances, ils s’accumulent dans la chaîne alimentaire.

Le lien entre les sites terrestres pollués par les PCB et la contamination des cours d’eau – et donc des poissons - est avéré. « Selon les analyses en dioxines et PCB effectués au printemps 2009 sur les poissons et mollusques pêchés dans la baie de Seine et l’est du Cotentin, la concentration moyenne des sardines en dioxines, furannes et PCB dioxine like est de 7,5 picogrammes/gramme (pg/g)», rapporte l’association. Or, la norme européenne fixe une limite maximale de 8 pg/g pour la somme des concentrations de ces polluants dans la chair des poissons.

Le ministère rappelle qu’une exposition chronique entraîne des dommages pour le foie, et des effets sur la reproduction et la croissance. En outre, la combustion des PCB peut se traduire par le dégagement de composés à forte toxicité, les « furannes » (PCDF) et « dioxines » (PCDD), connues pour leurs effets cancérigènes. De fait, les PCB sont classés en tant que substances probablement cancérigènes pour l’homme (voir la fiche de l’Institut national de recherche et de sécurité).

Elaboré à partir de 5 sources différentes[1], l’Atlas élaboré par l’ONG recense les sites pollués comme des bâtis, sols ou sous-sols industriels ou d’autres milieux « qui, en conséquence de dépôts, d’infiltrations ou d’épandages dans le cadre d’activités autorisées, illégales, défectueuses ou d’origine accidentelle, ont été le réceptacle de substances contaminées aux PCB ». Réalisée en mai 2008, sa première édition comportait 361 sites ayant fait l’objet d’une pollution par les PCB. Il en compte désormais 55 de plus.

Un code couleur a été établi en fonction de l’utilisation des PCB sur les différents sites. La liste noire concerne deux sites producteurs de pyralène et de PCB à Pont-de-Claix (Isère) et Jarrie (Isère) au bord de la Romanche et du Drac. 22 fabricants de transformateurs et condensateurs électriques sont également concernés.

La liste rouge concerne 41 sites de stockage, de récupération, de maintenance, de vidange ou de retraitement de transformateurs et d’autres équipements électriques ou huiles contaminés aux PCB.

La liste orange « concerne le bâti, les sols, sous-sols, et éventuellement les eaux souterraines et superficielles contaminés par les PCB après des accidents de transport ou dans des installations fixes, des fuites, des incendies, des inondations, la foudre ou d’autres causes inconnues ». La plupart de ces sites sont des fonderies, des récupérateurs de ferrailles, des usines de traitement de métaux ou d’activités diverses aujourd’hui éteintes, des décharges ou des remblais.

La liste jaune, enfin, concerne « les sites pollués par des ouvertures ou des manutentions sauvages de transformateurs en vue d’en extraire le cuivre ». Durant ces interventions de manutention, plusieurs dizaines ou centaines de litres peuvent être répandus dans les sols ou les milieux naturels. La cartographie montre beaucoup de pollutions ayant pour origine ces manipulations dans le nord du pays. L’association soupçonne des trafics transfrontaliers avec la Belgique, de nombreuses épaves de transformateurs ayant été découvertes abandonnées en territoire wallon…

Le plan national d’élimination et de décontamination des appareils contenant des PCB et PCT approuvé par arrêté en 2003 impose la destruction des appareils contenant ces substances, ou le remplacement des produits qu’ils contiennent, au plus tard le 31 décembre 2010.

C’est donc la dernière ligne droite pour les détenteurs de vieux transformateurs au pyralène. « Pourtant un grand nombre d’établissements publics (groupes scolaires, hôpitaux, mairies…) n’ont pas éliminé les appareils qu’ils détiennent, ni même prévu de protocole d’élimination », s’inquiète Robin des bois. La France s’expose donc à des risques de contentieux de la part de la Commission européenne.

Fin 2009, sur 68.000 appareils du parc d'ERDF contaminés au-delà du seuil de 500 parties pour million (ppm), 43.000 ont été retirés du réseau. Il en resterait, selon Robin des bois, encore 31.000 à traiter d’ici la fin de l’année.



[1] Base de données Basol sur les sites et sols pollués, base nationale de données Basias qui regroupe les inventaires historiques régionaux d’activités industrielles et de services, base de données Aria du Bureau d’analyse des risques et pollutions industrielles (Barpi) qui rassemble des données sur plus de 30.000 accidents technologiques, les archives de Robin des bois et les informations transmises par des témoins ou des victimes.



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