La France, piètre puissance de l’innovation

Le 15 juin 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'innovation française en matière d'éclairage n'est pas à la hauteur.
L'innovation française en matière d'éclairage n'est pas à la hauteur.

La maîtrise des technologies «bas carbone» est essentielle pour réduire rapidement les émissions de gaz à effet de serre. Le 11 juin, la directrice exécutive de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) rappelait que la décarbonisation massive de notre système énergétique dépendait essentiellement du large déploiement des énergies renouvelables, des véhicules électriques, du stockage géologique du gaz carbonique, des réseaux électriques intelligents, etc. [JDLE].

Ces technologies sont loin d’avoir le même niveau de maturité. Certaines sont déjà entrées dans les mœurs (la plupart des énergies renouvelables), d’autres ne feront leur entrée dans les catalogues des industriels que dans quelques années, à l’instar du captage-stockage du CO2 (CSC).

Moyennement rapide, le rythme de verdissement du système énergétique peut néanmoins être accéléré, à coup d’innovations technologiques. Un domaine dans lequel la France n’excelle pas particulièrement.

Pour preuve, les résultats d’une étude coordonnée par Matthieu Glachant. Le directeur du Centre d'économie industrielle de Mines Paris Tech (Cerna) a tenté d’évaluer l’évolution de l’innovation climatique depuis 1978. Réalisée sur la période 1980-20008, cette étude utilise la base de données PatStat sur le dépôt de brevets pour dresser un état des lieux de la recherche concernant 17 technologies «décarbonantes».

«Globalement, dans les pays analysés, l’innovation climatique brevetée représente 1,5% de l’innovation totale. Pour le Japon et l’Union européenne, ce montant va de 1% à 2%. Aux états-Unis, il stagne aux environs de 0,5%. Il a, en revanche, fortement progressé en Chine depuis la fin des années 1990 pour atteindre 1,5%», souligne le professeur d’économie de l’environnement à Mines Paris Tech.

Chacun investit donc en fonction de ses priorités politiques. Mais pas seulement. «Il y a une forte corrélation entre l’innovation climatique et l’évolution des prix du pétrole. Plus ces derniers sont élevés, plus on investit. Moins le brut est cher, plus les budgets s’affaissent», estime l’économiste de l’environnement.

Le bilan tricolore n’est pas reluisant. L’innovation française représente en moyenne 4,5% des inventions brevetées dans le monde sur la période 2003-2008. Ce qui la place au 5e rang mondial, derrière le Japon, les états-Unis, l’Allemagne, mais aussi la Corée du Sud. Plus inquiétant: la contribution tricolore à l’innovation climatique mondiale a baissé de moitié entre les années 1980 et aujourd’hui.

A eux trois, l’Allemagne, les états-Unis et le Japon représentent plus de 60% des brevets déposés pour des technologies anti-carbone. «On assiste à une extrême concentration de la technologie dans ces trois pays, mais aussi à la montée en puissance des recherches sud-coréenne et chinoise», constate Matthieu Glachant.

Si le Japon brevète tous azimuts, les labos français restent très focalisés sur leurs champs de compétence «historique»: nucléaire, hydraulique, isolation des bâtiments, ciment et, plus récemment, CSC et véhicules électriques. En revanche, dans les énergies marines, la valorisation de la biomasse, l’éolien ou la biomasse, les chercheurs français sont à la traîne.

«En fait, nous investissons beaucoup dans les secteurs où la France dispose d’un grand champion national, tel Areva, le CEA, Alstom, Saint Gobain ou Lafarge.»

Sans que cela donne nécessairement de bons résultats. Durant la période 1980-2003, la France faisait breveter 17% des inventions mondiales dans le domaine du nucléaire. Ce pourcentage est tombé à moins de 10% entre 2003 et 2008. Semblable évolution a aussi touché l’hydraulique, le méthane et la biomasse.



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