La France peut-elle réduire de 30% ses émissions de gaz à effet de serre (GES) ?

Le 21 mai 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
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C’est la question à plusieurs dizaines de milliards d’euros que se pose la plupart des dirigeants européens. En effet, le conseil européen du 17 juin prochain doit décider de durcir, ou non, les objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre.

Adopté en décembre 2008, le Paquet Energie Climat impose aux 27 de baisser de 20% leurs émissions d’ici 2020. La Commissaire à l’action climatique, Connie Hedegaard, préconise de porter cet objectif à 30%, notamment en accroissant l’achat de permis internationaux (Urce, Ure) et en investissant dans la protection des forêts tropicales. Cette position est loin de faire l’unanimité au sein des membres de l’Union.

Pour lancer le débat l’Hexagone, le Centre d’analyse stratégique (CAS) a publié, vendredi 21 mai, une note sur la question. En dix pages, le document évalue les conséquences pour notre pays de la mise en œuvre d’un tel programme. 

Rappelant que près de 90% de sa production d’électricité est décarbonée (principalement avec l’énergie nucléaire et l’hydroélectrique), l’étude souligne que la France dispose de moins de moyens d’actions que ses partenaires. Pour réduire d’un tiers en quinze ans son empreinte carbone, l’Hexagone doit donc lancer quatre grands programmes : rénovation de son parc immobilier (400.000 à 500.000 logements et 20 millions de m2 de tertiaire par an), maîtrise de la demande en énergie (baisse de 2,2% par an de l’intensité énergétique), réduction des émissions des centrales électriques thermiques à flamme, et large déploiement des véhicules électriques et hybrides. Pas de surprise, il s’agit-là des grandes lignes du Grenelle de l’environnement.

Pour autant, selon l’évolution de la conjoncture économique, il sera plus ou moins facile de réduire d’un tiers nos rejets de GES. Les auteurs ont étudié deux scenarii : un retour du taux de croissance du produit intérieur brut (PIB), à partir de 2015, à des valeurs voisines de 2%/an ; une croissance annuelle du PIB, toujours à partir de 2015, mais à des valeurs flirtant avec les 4% l’an.

Dans le premier cas, l’effort climatique à porter sera moindre : les consommations énergétiques finales ayant chuté de 7,1% du fait de la crise, les émissions de CO2 pourraient diminuer mécaniquement de 7% en 2020. Ce qui ne serait pas le cas avec une reprise économique plus vive qui pourrait, au contraire, accroître de 0,5% la demande d’énergie finale.

Quelle que soit la façon dont évolue la situation économique, les politiques lancées auront besoin d’un coup de pouce, public si possible. « L’atteinte des objectif de réduction de CO2, à l’horizon 2020, nécessite le recours à l’intervention publique car le marché ne conduira pas de lui-même à une telle évolution », écrivent les rapporteurs. Et pour cause ! Une économique déprimée, produisant peu d’émission, n’a pas besoin de racheter des quotas d’émission. Conséquence : les prix du carbone resteront trop bas pour inciter les entreprises à décarboniser leurs activités.

Il faudra donc que l’Etat dégage de l’argent pour investir à leur place. En ces heures de vaches maigres, les auteurs préconisent « de revenir à un prix unique du carbone ». Dit autrement, cela signifie de frapper d’une taxe carbone « l’ensemble des combustibles fossiles vendus en Europe en imposant aux importateurs et aux producteurs d’acquérir un nombre de quotas correspondant à leur contenu en CO2. » Avantages de cette taxe carbone version 2 : la décision peut être prise par l’Union européenne à la majorité qualifiée, la hausse du coût des combustibles serait directement répercutable sur les prix de vente. Ce qui n’interdit pas de redistribuer aux ménages les plus modestes une partie du produit de la taxe ainsi levée.

Quel montant lever ? Là encore, tout dépendra de la vigueur de la reprise (qui conditionne l’effort carbonique à produire). En cas de reprise modérée, le prix de la tonne de gaz carbonique devra osciller entre 34,6 et 138 euros. En revanche, dans un scénario de forte reprise, les prix pourraient valser entre 68,1 et 188 euros la tonne.

Que faire avec l’argent ainsi collecté ? Deux choses, préconisent les experts du CAS. D’une part, le redistribuer en partie. D’autre part, l’utiliser pour financer la recherche et le développement de technologies « transversales », telles les nanotechnologies ou les batteries à haute performance. Ils insistent aussi sur la nécessité de produire un important effort de formation aux emplois et métier «  de la croissance verte afin d’éviter une tension sur les recrutements et une inflation salariale qui compromettraient les perspectives de croissance. »

 



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