La France perd deux millions de précaires énergétiques

Le 23 novembre 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Plus c'est sombre, plus c'est précaire.
Plus c'est sombre, plus c'est précaire.
ONPE

Un chiffre explicable par la météo, l’amélioration de la performance énergétique des bâtiments et l’avancée de la pauvreté.

 

Cela pourrait apparaître comme une excellente nouvelle. La France compterait deux millions de précaires énergétiques de moins qu’en 2013. Le fruit des politiques énergétiques menées sous la présidence de François Hollande? Pas vraiment.

Dans sa dernière étude publiée ce vendredi 23 novembre, l’Observatoire national de la précarité énergétique (ONPE) précise les raisons du miracle. En 2017, 11,6% de l'ensemble des ménages, soit 3,3 millions de ménages ou 6,7 millions de personnes étaient en situation de précarité énergétique[1]. Contre 14,5% de l’ensemble des ménages en 2013. Les plans de rénovation énergétique des logements auraient-ils produit d’inattendus effets?

météo et travaux

En réalité, c’est la météo qui est largement responsable de ces bons chiffres. «La météo clémente de 2017, après l’hiver particulièrement rigoureux de 2013, en est une des raisons», confirme le rapport. Autre indicateur de la mesure de la précarité: les consommations d’énergie dans les logements. Celles-ci sont aussi à la baisse, alors que les prix sont restés relativement stables (l’électricité mise à part) entre 2013 et 2017. «En 10 ans, la consommation énergétique du parc résidentiel français a diminué de 12%», indique l’ONPE. Cette fois, estiment les auteurs, c’est bien le résultat de l’amélioration de la performance énergétique des logements (pour le neuf) et des travaux d’isolation réalisés dans l’existant.

Appauvrissement de la population

L’étanchéité croissante de l’enveloppe et des ouvrants des bâtiments n’est sans doute pas la seule explication. La pauvreté a fortement progressé, ces dernières années. En 2015, rappelait l’INSEE en juin dernier, 14,2% de la population française gagnait moins de 1.015 euros par mois (le seuil de pauvreté cette année-là), contre 12,6% en 2004.

La diminution de l’argent disponible impose certains choix. Entre 2013 et 2016, la part des ménages déclarant que le montant des factures de gaz et d’électricité représente une part importante de leur revenu est passée de 55% à 65%. Et si la part des ménages précaires faisant face à des impayés baisse de 4% entre 2013 et 2016 (de 67,3% à 64,3%), le montant moyen desdits impayés augmente de 1,4%, à 789 € constants en 2016: la première augmentation depuis deux ans.

Au final, rappelle Arnaud Leroy, président de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), près d’un tiers de la population déclare ne pas se chauffer correctement en hiver. «Certains ménages se trouvent donc face à un dilemme: renoncer à d’autres dépenses pour se chauffer correctement ou se déplacer ou, au contraire, se résigner à avoir froid ou à se déplacer moins.»



[1] C’est-à-dire qu’elle ont consacré plus de 8% de leur revenu au paiement des factures d’énergie.

 



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