La France ouvre la chasse traditionnelle aux électeurs chasseurs

Le 31 juillet 2018 par Marine Jobert
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Un chasseur sachant chasser sait aussi voter.
Un chasseur sachant chasser sait aussi voter.
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Alors que l’AFB tente à nouveau d’inclure l’ONCFS en son sein et que les européennes pointent, le monde cynégétique reçoit des marques d’affection d’importance. Quitte à sacrifier des oiseaux déjà en mauvaise posture. Nicolas Hulot se fait voler dans les plumes pour ce dossier.

Ambiance de guerre de tranchées entre le ministère chargé de l’écologie, la Fédération nationale des chasseurs (FNC) et la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO). Et ceux qui pourraient y laisser des plumes sont bien les oiseaux. En l’occurrence vanneaux huppés, pluviers dorés, alouettes des champs, grives, merles noirs, et tous les autres oiseaux qui se retrouveront pris dans la glu, les collets, les matoles et autres procédés de capture chers aux «chasses traditionnelles». Trois projets d’arrêtés (ici, ici et ici) sont en consultation jusqu’au 14 août, afin de déterminer les quotas de prélèvement autorisés pour chaque saison et pour chaque département concerné, qui bénéficient de dérogations à la directive Oiseaux. La LPO vient de lancer ses troupes contre ces «pièges non sélectifs» et dénonce l’hérésie qui consiste à autoriser davantage encore de prises quand les populations d’oiseaux ont décliné d’un tiers en 15 ans.

La réforme de la chasse française, ce n’est pas Nicolas Hulot qui la mène, mais bien Sébastien Lecornu, qui a rendu récemment un rapport (non publié) sur le sujet. Au menu: baisse du prix du permis, «gestion adaptative des espèces» (c’est-à-dire en fonction de l’état des populations) et éventuelle réforme de la police de l’environnement (qui ne devrait pas voir le jour, malgré les efforts répétés des chasseurs).

Populations déjà très fragiles

Si chaque année la LPO dénonce le principe même de ces dérogations –auxquelles les autorités judiciaires locales ont récemment mis le holà–, c’est l’ampleur des autorisations sur le point d’être délivrées qui affole aujourd’hui l’association. Pour les seules alouettes, par exemple, la LPO rappelle que les chasseurs ont déclaré en avoir capturé 106.285 l’an passé grâce à ces techniques «traditionnelles». Et pourtant, le quota fixé par le ministère pour 2018/2019 porterait sur 370.000 alouettes, «qui s’ajoutent aux 180.000 déjà chassées au fusil chaque année. Pourquoi l’Etat français veut-il autoriser la capture de 3,5 fois plus d’alouettes que ce qui a été déclaré pour la saison précédente?»

Même constat pour les grives et les merles noirs, dont le gouvernement d’Edouard Philippe pourrait autoriser le doublement des captures par rapport aux campagnes précédentes (d’environ 40.000 à 78.000). Ou bien les vanneaux huppés ou les pluviers dorés, dont la capture dite ‘au brancher’, amène à étrangler d’autres espèces. L’année dernière, les chasseurs prétendent avoir capturé 5.711 oiseaux. «Pourquoi donc autoriser le piégeage de 20.000 grives ou merles noirs pour la saison 2018-2019 ainsi que le prévoit l’arrêté en consultation?» Autant de seuils validés avec enthousiasme (17 voix pour, 2 contre et 4 abstentions) lors de la dernière réunion du conseil national de la chasse et de la faune sauvage (CNCFS), dont la composition a été récemment revue et bien dotée en faveur du monde cynégétique.

Colibri, cardinal, serin… Tous bien rangés dans la valise d’un trafiquant récidiviste, 80 spécimens ont été débusqués le week-end dernier par les douaniers de l’aéroport parisien de Roissy, en provenance du Mexique et de Cuba. Que faire de ces malheureux volatiles, dont les trois quarts ont déjà succombé? La LPO mobilise en urgence des volières à proximité, mais les services vétérinaires ont refusé de remettre les oiseaux encore vivants, «car il manquait des papiers, que bien sûr personne ne leur a demandés». Charles-de-Gaulle, cimetière à oiseaux de contrebande?

La Tourterelle des bois en sursis

Autre fait d’arme ministériel que dénonce la LPO: le refus par la France de soutenir la proposition de la Commission européenne de suspendre la chasse de la Tourterelle des bois. En danger au niveau mondial et inscrite sur la liste rouge de l’UICN[1], environ 100.000 spécimens sont passés par les armes chaque année sur le territoire français, point de passage essentiel de cette espèce migratrice. «Nicolas Hulot a jusqu’au 30 août pour revenir sur cette position incompréhensible et scandaleuse de la France», s’indigne la LPO.

 

Draguer les chasseurs

Comment comprendre ces concessions au monde cynégétique, qui ne se prive pas d’exprimer sa satisfaction devant les projets ministériels? Les tentatives en cours pour intégrer (enfin) l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) à l’Agence française de la biodiversité (AFB) n’y seraient pas étrangères. Et tout serait bon pour faire la cour à Willy Schraen, l’actif président de la FNC. «Pour le ministère et l’AFB, c’est le Graal», ironise Yves Verilhac, le directeur général de la LPO. Quitte à pomper encore un peu plus les fonds des agences de l’eau, quand il faudra bien compenser les quelque 18 à 20 millions d’euros que devrait coûter la division par deux du coût des permis de chasse nationaux et départementaux que la FNC se félicite d’avoir obtenue (voir encadré). Le monde de la chasse est, enfin, un enjeu électoral d’importance. A moins d’un an d’élections européennes périlleuses pour Emmanuel Macron, il ne faut négliger rien. Et surtout personne.

 



[1] UICN: Union internationale pour la conservation de la nature

 



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