La France ne croit toujours pas à la transition énergétique… allemande

Le 11 septembre 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La transition énergétique allemande correspond aux exigences de la loi POPE de 2005
La transition énergétique allemande correspond aux exigences de la loi POPE de 2005

 La transition énergétique. Un sujet dont on parle beaucoup en France, mais qui commence à trouver une traduction concrète, outre-Rhin. Officiellement lancée en mai 2011 (après une bonne décennie de préparation), l’Energiewende a un objectif à long terme: la réduction de 80% à 95% des émissions de gaz à effet de serre de l’Allemagne pour 2050. Ne sourions pas, la loi POPE du 13 juillet 2005, nous impose le même but. La seule différence, c’est que l’Allemagne semble décidée à respecter sa législation, laquelle prévoit la fermeture de ses derniers réacteurs nucléaires avant 2022 et un recours massif aux énergies renouvelables.

Sitôt connue l’ambition allemandes, politiques et experts français ont ouvert le feu. Jean-François Copé, le président de l’UMP, expliquait, sur RTL, «être totalement défavorable pour la France» à une telle décision. Sur les ondes de BFM, l’ex-présidente du directoire d’Areva, Anne Lauvergeon, soulignait le caractère «politique» de la décision de la chancelière Merkel: «Il n'y a pas eu de référendum ni d'appel à ce que pensait l'opinion publique, même si les sondages montrent l'émotion des Allemands.» Henri Proglio estimait, lui, que l’application, en France, du plan allemand, menacerait 1 million d’emplois, avant d’être contredit par… Anne Lauvergeon.

Bref, peu d’information utile sur la réalité du programme allemand [JDLE]. Ce manque vient d’être comblé par une note du Centre d’analyse stratégique (CAS). Elle rappelle les principales caractéristiques du plan allemand: les énergies renouvelables devront représenter 18% de l’énergie finale en 2020 et 60% en 2050. L’Allemagne devra réduire de 20% sa consommation d’énergie primaire en 2020, et de 80% en 2050. Le tout débouchant sur un abattement de 40% des émissions de gaz à effet de serre en 2020, et de 80% à 95% trente ans plus tard. A cela s’ajoute la suppression du parc nucléaire en 2022. Ce qui n’était pas initialement prévu par Berlin.

Ce dernier point est important. Car, selon la note du CAS, «en 2022 ce seront 110 térawattheures (TWh) par an supplémentaires qui manqueront à l’appel». Or, malgré le dynamisme du secteur éolien allemand, les énergies renouvelables ne seront probablement pas en mesure de combler intégralement ce manque, estime l’étude. Pas plus que les importations, du fait notamment de l’abandon du nucléaire par la Belgique et la Suisse, qui exportent de gros volumes de mégawattheures en Allemagne.

Raison pour laquelle les électriciens d’outre-Rhin ont lancé un impressionnant programme de renouvellement de leur parc de production d’électricité. Pas moins de 84 centrales d’une puissance installée supérieure à 20 mégawatts électriques vont être mises en chantier, dont 23 parcs éoliens marins, 29 cycles combinés au gaz (12 gigawatts [GW]) et 17 centrales au charbon ou au lignite (18 GW). Ces installations devraient pouvoir injecter bon an mal an environ 90 TWh/an. A quoi, il faut ajouter la quinzaine de TWh/an que devraient produire les centrales à cogénération brulant du biogaz.

A l’horizon de 2020, l’administration Merkel estime raisonnable d’atteindre une puissance éolienne installée (à terre et en mer) de 45,8 GW, capable de fournir 85 TWh/an.

Ces projections se heurtent encore au mur des réalités. Pour raccorder toutes ces installations aux réseaux de transport d’électricité, les gestionnaires desdits réseaux (les GRT) doivent mettre en service 4.500 km de lignes à haute tension d’ici à 2020. Quasiment impensable en un délai aussi court! D’autant qu’aux 20 milliards d’euros que nécessiteront cette extension du domaine du raccordement, il faudra ajouter le coût de la réalisation de stations de pompage-turbinage, parmi les rares installations à pouvoir «stocker» l’électricité produite par les éoliennes mais non consommée. L’Allemagne a prévu de réaliser 5.000 MW de ces installations hors normes.

À ces difficultés techniques (sans compter les problèmes d’acceptation des riverains) s’ajoute le montant du devis de la transition énergétique allemande: entre 200 et 415 milliards d’euros, d’ici à 2022, selon les scenarii. Pour la suite, une étude de l’université de Stuttgart évoque des chiffres dépassant les 2.000 milliards d’euros.

L’Allemagne a sûrement la capacité financière d’engager un tel programme. Il s’agit, rappelle l’étude, d’une «somme digne des efforts financiers réalisés dans le cadre de la réunification allemande». Reste à savoir si les Allemands seront aussi enthousiastes pour payer plus cher leur énergie qu’ils l’ont été pour récupérer les länder de l’est. Selon l’institut de technologie de Karlsruhe, le prix de l’électricité (pour les industriels comme pour les ménages) devrait progresser de 70% d’ici à 2025. Pour la suite, c’est le trou noir. Ce qui n’est pas sans inquiéter les consommateurs et les contribuables.

Aussi ambitieuse soit-elle, cette transition énergétique est-elle exportable, se demande le CAS. Non, répond le think tank du premier ministre. «A court terme, et même s’ils continuent à exporter de l’électricité sur l’ensemble de l’année, la fermeture accélérée des centrales nucléaires et l’augmentation de la production intermittente éolienne et photovoltaïque obligent les Allemands à s’appuyer fortement sur les systèmes électriques de leurs voisins européens pour assurer leur équilibre production-consommation: une décision aussi rapide n’est donc pas exportable.»

«A moyen terme, soit 2020, les technologies actuelles ne permettant pas de stocker de manière économiquement acceptable des quantités très importantes d’électricité, les énergies renouvelables voient leur potentiel limité. Soucieuse de sa sécurité énergétique, l’Allemagne a planifié la construction de centrales thermiques pour brûler son énergie nationale, le charbon et le lignite, et a négocié directement avec la Russie son approvisionnement en gaz.»

A plus long terme, c’est-à-dire après 2030, le succès de l’Energiewende repose sur la mise au point de technologies encore balbutiantes qui réclament des ruptures technologiques afin de devenir économiquement viables.»

http://www.strategie.gouv.fr/content/la-transition-energetique-allemande-est-elle-soutenable-note-danalyse-281-septembre-2012

 



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