«La France n’est pas prête à gérer un accident nucléaire»

Le 05 avril 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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En France, il faut parfois recourir au Minitel pour s'informer sur les risques nucléaires, rappelle Jean-Claude Delalonde.
En France, il faut parfois recourir au Minitel pour s'informer sur les risques nucléaires, rappelle Jean-Claude Delalonde.
Anccli

Président de l’Association nationale des comités et commissions locales d’information (Anccli), Jean-Claude Delalonde s’inquiète de notre manque de préparation à un accident nucléaire. Explications.

Votre organisation publie, ce 5 avril, un rapport commandé à l’Acro[1] sur la gestion d’un accident nucléaire. Pas satisfaisante, l’organisation tricolore?

C’est le moins que l’on puisse dire! En résumé, je dirai que nous n’avons pas encore tiré les enseignements des accidents de Tchernobyl et de Fukushima. Sauf, peut-être, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et son bras armé, l’Institut de radioprotection nucléaire (IRSN).

 

Que reprochez-vous au dispositif français?

En cas d’accident majeur, avec relâchement de radioactivité, les plans particuliers d’intervention limitent à 10 kilomètres autour d’une centrale nucléaire la zone de préparation à l’urgence. Or, on a bien vu, en Ukraine, en Biélorussie ou au Japon, que les zones très contaminées s’étendent à plusieurs dizaines de km des réacteurs. Appliquer à la France, cela change tout. Actuellement, les plans d’urgence concernent 1,2 million d’habitants. Mais appliquer à la France l’échelle de Tchernobyl ou de Fukushima, c’est impliquer plus de 37 millions de Français.

 

Et tout ce monde n’a pas conscience de ce risque…

Bien sûr que non. Et l’on peut légitimement se demander comment ces millions de personnes réagiraient en cas d’accident. Auprès de qui s’informeraient-ils? Resteraient-ils bien confinés ou s’enfuiraient-ils sur les routes? Les pouvoirs publics sont censés avoir recensés les lieux d’accueil des réfugiés, dont certains en trouvent d’ailleurs à l’étranger dont certains se trouvent d’ailleurs à l’étranger. Mais qui les connaît? Sûrement pas les éventuels réfugiés. D’ailleurs, les consignes ne sont pas toujours accessibles. En cas d’accident nucléaire à Valduc, il est conseillé de s’informer à l’aide du… minitel.

 

Le rapport critique également le schéma de distribution des pastilles d’iode, conçu par les pouvoirs publics.

Absolument. L’absorption d’iode stable sature la thyroïde, ce qui lui évite une contamination par de l’iode radioactive, qui peut être relâchée lors d’un accident. Or, si l’on compare les politiques françaises avec celles de nos voisins, que constate-t-on? On distribue des pastilles d’iode à 10 km à la ronde de nos centrales, contre 20 km en Belgique, 50 km en Suisse et dans tout le pays pour le Luxembourg. Les autorités de sûreté européennes recommandent un périmètre de distribution pouvant aller jusqu’à 100 km en cas d’accident grave.

 

Quelles suites l’Anccli compte-t-elle donner à cette étude?

Nous allons publier dans quelques mois un livre blanc. Il recensera les bonnes pratiques que nous souhaitons voir prises en compte par les autorités, notamment en matière de gestion des populations.



[1] Association pour le contrôle de la radioactivité dans l'Ouest.

 



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