La France juge «inacceptable» la réforme de la pêche européenne

Le 18 juillet 2011 par Geneviève De Lacour
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Satisfaire la demande, assurer des moyens d'existence aux pêcheurs et éviter l'épuisement des stocks de poisson: tels sont les trois axes de la réforme de la politique commune de la pêche que propose la Commission et dont le projet a été présenté le 13 juillet dernier par Maria Damanaki, la commissaire européenne.

Mais cette réforme est qualifiée «d'inacceptable en l'état» par le ministre français de la pêche Bruno Le Maire, qui estime qu'elle entraînerait un «arrêt de mort pour la pêche française».

 
Dans un entretien à l'hebdomadaire Le Marin publié vendredi 15 juillet, le ministre de la pêche affirme: «Je ne laisserai pas passer ce projet en l'état». Rappelant que la France importe déjà 80% des produits de la mer consommés, il qualifie «d'absurdité politique» une réforme qui vise à restreindre les activités des pêcheurs de l'UE «pour favoriser encore plus les importations» et donc des méthodes de pêches sans aucune contrainte.
 
Il a ensuite passé en revue les trois principaux points «inacceptables». Le ministre a épinglé l'idée d'instaurer des quotas individuels transférables, «car ils mettraient, à terme, les navires artisans dans les mains de la grande pêche industrielle». Ce système de marché des droits de pêche, avec comme garde-fou l'exclusion des navires de moins de 12 mètres non équipés d'engins traînants, comme les chaluts ou les dragues, a été mis en place au Canada «où cela ne fonctionne absolument pas car c'est trop complexe», souligne-t-on au ministère. Le secteur de la pêche en France est essentiellement artisanal, la plupart des 7.208 navires de pêche (chiffres de l'UE de juin 2011) faisant moins de 20 mètres. L'introduction de quotas individuels transférables concernerait 25,7% de la flotte française, soit 1.857 navires. A l'échelle européenne, 21,5% de l'ensemble des navires seraient concernés.
 
Second point «inacceptable» pour Paris, l'interdiction généralisée d'ici 2016 des rejets en mer des poissons non commercialisables. Maria Damanaki propose d'aider le secteur pour transformer ces rejets en farines, les congeler ou les donner aux banques alimentaires. «Cela n'a aucun sens pour la préservation de la ressource», estime Bruno Le Maire. Le gouvernement pense «comme les pêcheurs qu'il faut trier au fond de la mer et pas sur les navires» et prône une approche pragmatique adaptée à chaque type de pêche avec, entre autres, des filets adéquats. Dans le cas de la pêche à la langoustine dans le Golfe de Gascogne, rappelle le ministre, l'introduction de filets spécifiques a permis de réduire les rejets de petits merlus sous taille à 15% contre 50% auparavant. Avant toute prise de décision à Bruxelles, Paris réclame donc un état des lieux de ce qui est rejeté par les navires et dans quels types de pêches.
 
Le troisième point de désaccord avec le projet de la Commission européenne concerne l'objectif d'un rendement maximum durable (RMD) d'ici 2015. Selon Paris, «l'objectif est souhaitable mais pas en 2015, parce que les conséquences économiques seraient extrêmement lourdes et conduiraient par exemple les pêcheurs de soles, qui représentent la moitié du secteur en France, à diviser leur quota par deux». De plus, selon cette même source provenant du ministère, la conférence de Nagoya sur la biodiversité l'an dernier avait fixé l'échéance à 2020.
 
Le ministre de l’agriculture n’est pas le seul à réagir à ce projet de réforme. Selon un collectif d’associations de défenses de l’environnement regroupant Greenpeace, Bloom, La Fondation pour la Nature et l’homme, Océan 2012 et le WWF, «l’une des explications de l’échec de la Politique commune de la pêche (PCP) est le poids des pays ayant des intérêts dans la pêche, au premier rang desquels la France et l’Espagne, porte-parole du lobby de la pêche industrielle dans les décisions européennes». Et le collectif de rajouter dans un communiqué publié aujourd’hui 18 juillet: «La Commission, depuis l’arrivée de Mme Damanaki, a affiché une forte ambition et une volonté de changement en vue d’une pêche plus durable. Cette ambition a systématiquement provoquée l’hostilité de la France ou de l’Espagne, porte-parole des intérêts à court terme de leurs industries
 
 
 
 


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