La France électrique passera-t-elle l’hiver?

Le 18 octobre 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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46 générateurs, équipant 18 réacteurs, sont potentiellement concernés.
46 générateurs, équipant 18 réacteurs, sont potentiellement concernés.
VLDT

L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a ordonné à l’exploitant du parc nucléaire français d’arrêter 5 nouvelles tranches pour examen rapide de sûreté. Un nouvel épisode du feuilleton des malfaçons détectées sur le parc nucléaire français.

Une nouvelle fois, l’ASN a ordonné à EDF d’arrêter des réacteurs pour en vérifier le niveau de sûreté. Tricastin 2 et 4, Fessenheim 1, Gravelines 4 et Civaux 1 vont donc devoir arrêter toute production ou retarder leur redémarrage.

Cette fois, il s’agit de vérifier, en moins de trois mois précise le gendarme du nucléaire français, que l’acier des générateurs de vapeur de ces 5 tranches ne contient pas trop de carbone. Ce qui pourrait affaiblir leur capacité à résister à la fissuration.

46 générateurs de vapeur

Pas moins de 46 générateurs de vapeur (GV), équipant 18 réacteurs (hors EPR de Flamanville), sont concernés par ces anomalies potentielles. Avant l’injonction de l’ASN, 9 étaient en service et 9 étaient à l’arrêt. Et pourraient le rester un certain temps.

Car les examens complémentaires demandés à EDF pourraient durer. Du moins, pour les 26 GV produits par les forges japonaises de Japan Casting and Forging Corporation (JCFC). En effet, indique une note de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), les GV nippons sont ‘décarburés’ en surface.

Difficile examen

Pour établir le taux de carbone de l’acier, il faudra donc effectuer les analyses non pas en surface (comme pour un contrôle non destructif classique) mais au voisinage de tubulures usinées, ainsi qu’au niveau d’un méplat (surface plane d’un cylindre) présent en partie inférieure des fonds de GV. Cette dernière mesure n’est possible que sur les générateurs forgés à partir d’un lingot de 120 tonnes, soit 18 des 26 pièces incriminées.

Quel comportement?

L’analyse du méplat des GV de Tricastin 1 et 3 montre une concentration en carbone de l’acier atteignant 0,39%: près de deux fois la limite (0,22%). Ce n’est pas anodin. «L’IRSN ne dispose pas à ce stade de données sur le comportement des matériaux à de tels niveaux de concentration de carbone, significativement supérieurs à ceux étudiés dans le cadre de l’anomalie de la cuve de l’EPR de Flamanville», notent les experts de l’institut de Fontenay-aux-Roses. En conséquence, il faudra probablement détruire certaines pièces pour analyser la composition de leur acier.

Quel parc, cet hiver?

Ces examens à répétition tombent mal pour EDF. L’électricien comptait la semaine passée 23 réacteurs à l’arrêt ou en service réduit. La moitié devait redémarrer d’ici le mois de novembre. Mais avec la poursuite des investigations ordonnées par l’ASN, l’opérateur historique risque de ne pas pouvoir aborder l’hiver avec la pleine puissance de son parc de production nucléaire (63 gigawatts électriques -GWe).

Embarras chez EDF

L’embarras est déjà perceptible dans le groupe présidé par Jean-Bernard Levy. RTE a décalé de quelques semaines la publication de son Bilan prévisionnel annuel. «L’étude n’est pas encore terminée», avoue-t-on, penaud, chez le gestionnaire du réseau de transport d’électricité. Dit autrement, le groupe EDF peine à savoir combien de réacteurs pourront injecter des électrons dès que le temps fraîchira.

Inflation sur le marché spot

Cette incertitude fait la joie des traders d’électricité. Et le désespoir des (gros) consommateurs qui achètent sur le marché spot. Depuis le début de semaine, le prix du mégawattheure livrable sur le marché français a bondi de 69% sur l’EEX, passant de 40 à plus de 67 euros. Reste à espérer que l‘hiver ne soit pas trop rigoureux. Et que les interconnexions électriques avec les pays riverains conservent leur pleine capacité d’importation (9,8 GWe).



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