La France bientôt recolonisée par le loup?

Le 10 octobre 2013 par Marine Jobert
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Certains sont capables de franchir des distances de plus de 1.000 km.
Certains sont capables de franchir des distances de plus de 1.000 km.
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Un symposium consacré au loup se tient, jusqu’au samedi 12 octobre, à Saint-Martin Vésubie (Alpes Maritimes). Historiens, ethnologues, naturalistes et géographes exposent leurs recherches afin de réaliser un état des lieux passé et prospectif. Pris au dépourvu dans les années 1990 par son retour, pouvons-nous anticiper l’expansion du canidé dans l’hexagone? Des modélisations pourraient y aider.

 

Quand le loup a pointé la truffe dans le Mercantour, en novembre 1992, personne ne l’attendait. Des scientifiques italiens avaient prévenu les autorités françaises que les quadrupèdes avaient recolonisé le massif des Apennins. Dans la foulée, ils franchiraient vraisemblablement la frontière. Mais sans provoquer de réaction, laissant des éleveurs déjà confrontés à de grandes difficultés économiques et sociales affronter quasiment seuls les attaques d’un prédateur dont ils ignoraient tout. Aujourd’hui, l’expansion de la population de «loup français», dont la population s’élève officiellement à 250 bêtes –mais que tout le monde ici s’accorde à l’évaluer à près de 400 individus- ne peut plus constituer une surprise. La seule question qui reste en suspens, dans ce domaine, est de savoir vers où et jusqu’où il va diriger ses pattes. Dans un contexte polémique, anticiper son expansion peut s’avérer utile, pour essayer d’anticiper les conflits.

 

Loup sans frontière

Ses capacités d’expansion sont uniques. «Le loup n’opère pas une colonisation en tâche d’huile, mais par bonds», précise Farid Benhammou, géographe de l’environnement. Et pour cause: si 50% des loups franchissent des distances oscillant entre 100 et 200 kilomètres, 40% peuvent franchir jusqu’à 1.000 km et 10% sont susceptibles d’aller plus loin encore. «Tout le territoire français de métropole peut être potentiellement recolonisé par le loup actuellement», conclut-il.

La présence du loup des Pyrénées-Orientales à la Haute-Marne en passant par le Massif Central démontre que l’animal n’est pas découragé par les obstacles: fleuves, voies ferrées, entrelacs routiers, rien ne l’arrête. «Les loups peuvent même prendre les ponts et traverser des zones péri-urbaines sans que les gens s’en aperçoivent», explique Farid Benhammou.

 

Modèles prédictifs

Compte tenu de ces paramètres, est-il possible de prévoir –pour anticiper?- l’expansion territoriale du canidé? Oui, assure Julien Andrieu, maître de conférences à l’université de Nice, à condition de tenir compte des spécificités du loup, comme sa perception cognitive du paysage. Le géographe a développé des modèles informatiques qui permettraient d’anticiper dans quelles directions et dans quelles zones les prochaines explosions de meutes pourraient essaimer. «Les modèles, qui tiennent compte de paramètres comme l’artificialisation des terres, la richesse en proies sauvages, les techniques pastorales ou le couvert végétal, peuvent être adaptés à un loup solitaire comme à une meute qui suivrait une trajectoire circulaire», détaille Julien Andrieu.

Ce projet, qui pourrait trouver sa place dans le cadre du plan Loup, nécessite l’utilisation des données collectées grâce aux colliers dont ont déjà été équipés quelques dizaines d’animaux, en France comme en Italie. Sauf que le monde scientifique a ses vissicitudes… «Le loup est devenu un enjeu de renommée scientifique, qui amène les détenteurs de ces données à les garder pour eux», déplore Julien Andrieu. Sans compter que ce sont des informations coûteuses à collecter, ce qui renforce le quant à soi. Il lance donc un appel à collaboration à ces scientifiques également impliqués dans la thématique.

 

Rage lupine

Un autre front de colonisation lupine –très peu abordé- est en train d’échapper aux autorités françaises: l’arrivée du loup par la frontière orientale. «Les populations venues de l’est, qui sont aujourd’hui en Hesse, au nord de Francfort, vont bientôt rencontrer celles qui remontent du sud», explique Bernard Collin, président de l’association des lieutenants de Louveterie de France. Il redoute des coexistences fort difficiles dans des zones plus agricoles que pastorales, comme près de la frontière belge où il réside. «Avec les élevages bovins et équins, on ne va pas mettre des chiens de protection Patous!»

Et de prédire que si la rage devait faire à nouveau son apparition dans la population lupine, «ce sera un état de guerre». Aucun indice relevé sur le terrain ne va dans ce sens, mais ce fléau préoccupe bel et bien certains des scientifiques présents.



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