La France à la traîne pour les défibrillateurs

Le 20 juillet 2006 par Agnes Ginestet
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Defibrilateur
Defibrilateur

Environ 60.000 personnes décèdent de mort subite chaque année dans notre pays. L’utilisation des défibrillateurs, appareils destinés à rétablir un rythme cardiaque défaillant, tend à se généraliser. Mais la réglementation en France présente des disparités, à l’origine d’un retard important par rapport à d’autres pays.

Geste médical consistant à faire passer de manière brève un courant électrique dans le cœur lorsqu’il présente certains troubles du rythme: telle est la définition de la défibrillation. L’utilisation des défibrillateurs permet parfois de sauver des vies. A condition de faire vite, car les victimes d’arrêt cardiaque perdent environ 10% de chance de survie chaque minute.
Deux types de défibrillateur sont commercialisés en France. Les défibrillateurs semi-automatiques (DSA) nécessitent l’intervention du sauveteur pour déclencher le choc électrique; les défibrillateurs entièrement automatiques (DEA) reconnaissent seuls le trouble du rythme, s’il existe, et déclenchent alors automatiquement le choc électrique. Les DSA permettent un meilleur contrôlé des chocs électriques mais ne peuvent être manipulés que par des professionnels alors que les DEA demandent moins d’expertise.

L’intérêt d’une défibrillation précoce est connu. Des études menées à Lyon et Paris ont montré que 21% des personnes ayant fait une syncope récupèreront une activité cardiaque après une défibrillation précoce, contre 6% après une défibrillation tardive. De plus, 7% des victimes sortiront vivantes de l'hôpital après une défibrillation précoce contre 2% après une défibrillation tardive (1).

L’utilisation des DSA et DEA n’est qu’en partie réglementée. Actuellement, un décret datant de 1998 (2) et deux arrêtés de 1999 et 2001 (3) encadrent l’emploi des DSA: mis à part les médecins, seules certaines catégories de personnes (infirmiers, certains secouristes…) sont autorisées à les manipuler.
A l’inverse, les DEA encore peu répandus en France ne sont soumis à aucune réglementation. Bien qu’une formation à l’utilisation soit conseillée, le type de personnes autorisées à s’en servir n’est pas explicité. Il n’existe pas non plus de textes exigeant la présence de défibrillateurs dans les lieux publics ou sur les lieux de travail. En 2005, la ville de Montbard a ainsi décidé de prendre les devants en mettant plusieurs DEA à disposition dans les lieux publics.
La réglementation devrait cependant évoluer sous peu. Un projet de décret est en cours de finalisation avant transmission au Conseil d’Etat. Il permettra aux personnes ayant suivi une formation aux gestes et soins d'urgence d'utiliser les défibrillateurs dans tous les lieux où ils seront disponibles. De plus, une formation au DSA devrait être incluse dans la formation des sauveteurs-secouristes du travail (SST), dans le cadre d’une circulaire fixant le programme.
De leur côté, les sociétés qui proposent ce type d’appareils anticipent déjà la demande. Christophe Lévêque, directeur commercial chez Schiller, fabricant et fournisseur de défibrillateurs explique: «Le marché grand public s’y intéresse de plus en plus. Il y a d’abord eu les grandes entreprises et depuis un an, les administrations, les mairies ou encore les piscines ». Les ventes de la société augmentent d’ailleurs de 30% par an depuis 2001. «Les gens vont acheter jusqu’en 2011-2012 et ensuite, il s’agira d’un marché de renouvellement des appareils» estime Christophe Lévêque. Mais il faudra certainement à la France du temps avant de pouvoir être comparée à d’autres pays tels que les Etats-Unis où les DEA sont présents dans les aéroports, les hôtels ou les supermarchés…

(1) Guide national de référence sur la formation à l'utilisation du défibrillateur semi-automatique (GNRFUDSA) datant de juin 2004, publié par le ministère de l’Intérieur
(2) Décret no 98-239 du 27 mars 1998 fixant les catégories de personnes non médecins habilitées à utiliser un défibrillateur semi-automatique (J.O n° 79 du 3 avril 1998 page 5154)

(3) Arrêté du 10 septembre 2001 relatif à la formation des secouristes à l'utilisation d'un défibrillateur semi-automatique (J.O n° 222 du 25 septembre 2001 page 15146) et arrêté du 4 février 1999 relatif à la formation des personnes non médecins habilitées à utiliser un défibrillateur semi-automatique (J.O n° 36 du 12 février 1999 page 2246)


A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus