La France a des idées ET du pétrole

Le 09 septembre 2011 par Geneviève De Lacour
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Propriété d’Ensco, la plate-forme 8503 est affrétée par la compagnie britannique Tullow Oil
Propriété d’Ensco, la plate-forme 8503 est affrétée par la compagnie britannique Tullow Oil

Les groupes Total et Shell ont annoncé, aujourd’hui 9 septembre, la découverte, pour la première fois, d’un important gisement de pétrole au large de la Guyane française. Le forage, débuté en mars dernier et qui est situé à 150 km de Cayenne, suscite l’inquiétude des défenseurs de l’environnement. Les pétroliers qui forent en eaux très profondes, à plus de 6.000 m sous la surface, n’ont aucun plan spécifique de protection des côtes guyanaises contre une éventuelle pollution.

Pour la première fois, du pétrole a été découvert au large de la Guyane française. La découverte a été faite en eaux profondes, à plus de 2.000 mètres sous la surface, sur le puits Zaedyus, à environ 150 kilomètres au nord-est de Cayenne, ont annoncé aujourd’hui 9 septembre Total et Shell dans des communiqués séparés.

«Ce forage est considéré comme à fort risque mais à fort enjeu», explique le groupe pétrolier français. En clair, les probabilités de découverte étaient jugées faibles mais avec un potentiel de production important. Selon Shell, il est encore trop tôt pour évaluer les réserves, mais les premiers résultats sont «encourageants». La perspective de trouver du pétrole au large avait été renforcée par de récentes importantes découvertes au nord-est des côtes du Brésil.

Le forage, mené par la compagnie pétrolière britannique Tullow Oil, avait débuté en mars (voir JDLE). Le champ est exploité par Tullow Oil (27,5 % des parts), dans le cadre d'une coentreprise avec Shell (45 %), Total (25 %) et Northpet (2,5 %).

Le puits Zaedyus a été foré dans une structure géologique que l'opérateur Tullow Oil pense être un «miroir» du champ Jubilee, au large du Ghana, où il a découvert quelque 1,4 milliard de barils de pétrole ces dernières années. Les géologues présument que le sous-sol de la côte nord-est de l'Amérique du Sud est similaire à celui riche en hydrocarbures du Golfe de Guinée en Afrique, car les deux étaient reliés avant que les continents ne se forment et dérivent loin l'un de l'autre.

La plate-forme d'exploration avait été installée en mars dernier, le permis autorisant un forage jusqu'à 6.000 mètres de profondeur (2.000 mètres d'eau puis 4.000 m dans le sous-sol océanique), ce qui avait suscité la fureur des défenseurs de l’environnement guyanais moins d’un an après la catastrophe de la plate-forme de Deepwater Horizon dans le Golfe du Mexique. Selon Total, le forage atteint aujourd’hui 5.711 mètres sous le niveau de la mer.

Après une campagne de mesures intermédiaires, «le forage du puits GM-ES-1 reprendra prochainement pour atteindre sa profondeur finale prévue. Le potentiel de production et l'étendue des ressources devront ensuite être précisés», explique Total. Tullow Oil va poursuivre ses forages, évaluer les résultats et décider des prochaines étapes, a indiqué Shell de son côté.

«Nous devons être prudents sur la base d'un seul puits, mais la cible que nous avons foré fait partie d'une famille de 6 prospections qui sont similaires et reliées», a pour sa part indiqué Angus Mc Coss.

«Il y a des milliards de barils de potentiel dans ces champs au Ghana et pour les opportunités de la Guyane française, c'est la même chose voire plus», espère le directeur exploration de Tullow Oil.

La confirmation d'un tel potentiel en Guyane serait une révolution pour la production de pétrole français, actuellement à un niveau négligeable d'environ 20.000 barils par jour, selon l'Union française des industries pétrolières. Les réserves prouvées françaises sont de seulement 100 millions de barils par jour.

«C'est une découverte pionnière, nous avons ouvert un nouveau bassin, cela n'arrive pas souvent dans le secteur. C'est une nouvelle géographie pour le monde du pétrole et du gaz», affirme Angus Mc Coss.

Mais l'espoir d'une nouvelle manne pour la Guyane et pour la France, se heurte aux inquiétudes des défenseurs locaux de l’environnement, qui soulignent que le forage est très profond. La Guyane abrite un écosystème fragile, avec notamment l’une des plus importantes mangroves au monde: 300 km sur les 320 km de côtes que compte la Guyane française. Celle-ci serait un cauchemar à dépolluer en cas de marée noire, complètent les environnementalistes.

Les mêmes écologistes avaient déjà pointé du doigt plusieurs manquements dans l’étude d’impact réalisée par Tullow Oil dans le cadre de sa demande d’autorisation de forage. Réalisée par Creocéan, bureau d’étude spécialisé, le document volumineux ne fait pas mention de plan de protection des plages en cas de pollution. Or tout l’ouest guyanais serait concerné en cas de fuite d’hydrocarbures.

Autre point de litige et notamment avec la communauté de pêcheurs guyanais, la préfecture avait obligé le pétrolier à réaliser un état des lieux de la ressource halieutique. Finalement c’est le WWF et le comité local des pêches qui vont réaliser cet état des lieux que Tullow Oil n’a pas voulu financer.

Un point zéro qui sera fort utile une fois que l’extraction du brut aura commencé, et dans le cas où une évaluation des dommages environnementaux s’avère nécessaire.

 
 


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