La forêt néo-aquitaine, équilibriste en péril

Le 25 juin 2018 par Romain Loury
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Forêt de pins landaise
Forêt de pins landaise

A la frontière entre climats méditerranéen et tempéré, les forêts néo-aquitaines sont promises à de profonds changements au cours des prochaines décennies, relève le rapport «Anticiper les changements climatiques en Nouvelle-Aquitaine» publié par le comité scientifique AcclimaTerra. Et il n’est pas évident que les propriétaires forestiers aient bien conscience du bouleversement en cours.

C’est l’une des grandes particularités de la Nouvelle-Aquitaine, première région forestière de France avec 17% des forêts françaises: un mélange d’espèces méditerranéennes (pin maritime, chêne-liège, chêne vert) et d’espèces tempérées (hêtre, chêne sessile). Si les premières sont à la limite septentrionale de leur aire de répartition, les secondes sont situées à la limite méridionale de la leur, et pourraient donc s’effacer vers le nord.

Conformément aux modélisations, on observe bien, depuis plusieurs décennies, une remontée vers le nord des espèces méditerranéennes, qui colonisent de nouveaux domaines, pointe le rapport. Ce qui, dans un monde engagé vers une hausse de plus de +4°C, laisse présager un bouleversement de la forêt néo-aquitaine au cours des prochaines décennies.

Un déni très présent

La plupart des propriétaires forestiers semblent pourtant mal cerner la révolution en cours. Une enquête réalisée en 2014 auprès de 592 propriétaires forestiers du Limousin et du sud du Massif central montre qu’ils sont partagés entre «déni, procrastination et engagement», indique le rapport. C’est ainsi que 44% d’entre eux ne considèrent pas le changement climatique comme un problème. Sans forcément être climatosceptiques: la forêt pourra, selon eux, s’adapter par elle-même.

La compréhension du problème semble plus aiguë dans les Landes, où la succession d’évènements extrêmes (tempête Martin en 1999, canicule de 2003, tempête Klaus de 2009) est ressentie comme un signe du changement climatique, poursuit le rapport. La plupart ont pourtant reboisé à l’identique, seuls 14% des propriétaires songeant à raccourcir les itinéraires sylvicoles à 35 ou 25 ans comme il est préconisé.

Des espèces exotiques aux effets incertains

Autre facteur de changement, l’introduction d’espèces d’arbres exotiques, au premier rang desquels le douglas, le chêne rouge d’Amérique et le robinier faux acacia. Introduites en France entre le 17èe et le 19ème siècle, ces espèces pourraient elles-mêmes pâtir du réchauffement, en particulier le chêne rouge. Et leur impact sur l’écosystème forestier, face au changement climatique en cours, demeure très incertain.

«Les partisans évoquent l’enrichissement de la diversité locale, permettant une sélection pour une meilleure adaptation aux conditions générées par le changement climatique et la diversité des services écosystémiques associés aux forêts. Les adversaires mettent en avant l’exposition, dans le contexte du changement climatique, à de nouveaux risques beaucoup plus élevés que ceux déjà encourus, tels que le potentiel invasif des espèces introduites ou une vulnérabilité accrue à de nouveaux pathogènes ou champignon», expliquent les experts.



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