La fonte du permafrost, origine possible de la pollution dans l’Arctique

Le 05 juin 2020 par Stéphanie Senet
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La nappe d'hydrocarbures s'étend sur plus de 2 kilomètres
La nappe d'hydrocarbures s'étend sur plus de 2 kilomètres
Greenpeace Russie

20.000 tonnes de carburant ont été notamment déversées dans la rivière Ambarnaïa, dans l’Arctique russe, suite à l’effondrement d’un réservoir d’une centrale thermique. La fonte du permafrost liée au réchauffement est pointée du doigt.

C’est la pire catastrophe écologique imputable aux hydrocarbures en Sibérie, selon les autorités et les ONG locales. Visible depuis l’espace, la pollution au gazole teinte de rouge la rivière Ambarnaïa  sur plusieurs kilomètres.

en attendant l’hiver

Le gouvernement fédéral a annoncé que la progression de cette marée rouge avait enfin été stoppée, ce 5 juin, grâce au déploiement d’un barrage flottant qui empêche le carburant de rejoindre le lac Piassino et l’océan Arctique. Une opération rendue difficile par l’impossibilité de naviguer sur cette rivière peu profonde, bordée d’un terrain marécageux au printemps. Les secours comptent pomper les hydrocarbures et les stocker sur place dans des containers en attendant l’hiver, lorsque le terrain sera plus praticable. 200 tonnes de carburants ont déjà été récupérées. Le coût des opérations est estimé à 10 milliards de roubles (128 millions d’euros).

Fonte du permafrost

Le réservoir de secours de la centrale appartenant au géant minier Norilsk Nickel s’est effondré le 29 mai, provoquant le déversement de 15.000 tonnes de diesel dans le cours d’eau du Grand Nord russe et 6.000 tonnes sur le terrain mitoyen. La rupture des piliers installés il y a 30 ans serait due à la fonte du permafrost liée au réchauffement climatique, selon l’hypothèse avancée par le ministère russe des situations d’urgence ainsi que l’institut des problèmes écologiques. Pour Greenpeace Russie, «ce qui est sûr c’est qu’il y a eu une corrosion des structures et une négligence de l’industriel». Le producteur de nickel et de palladium est déjà à l’origine d’un déversement accidentel de produits chimiques, en 2016, dans une rivière du Grand Nord.

Audit national

«Si vous aviez changé ce réservoir en temps et en heure, il n’y aurait eu aucun dommage», a sermonné Vladimir Poutine, à l’attention du patron de Norilsk Nickel, Vladimir Potanine. Le président russe faisait sans doute allusion à la promesse faite, en 2017, par l’oligarque d’investir 17 milliards de dollars dans la modernisation de ses installations industrielles. Visiblement, une part de l’investissement s’est perdue dans la taïga sibérienne.

Une étude américano-russe, publiée en février 2019, estime que la fonte accélérée du permafrost russe menace la stabilité de 20% des bâtiments et des infrastructures du pays.