La flore intestinale, victime de la malnutrition

Le 11 juin 2014 par Romain Loury
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Le "Plumpy nut", une arme anti-malnutrition
Le "Plumpy nut", une arme anti-malnutrition
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Dans les pays en développement, de nombreux enfants souffrant de malnutrition ne récupèrent jamais suffisamment, même après une solide prise en charge nutritionnelle, que ce soit en termes de croissance ou de santé. Publiée dans la revue Nature, une étude menée au Bangladesh suggère le rôle de la flore intestinale dans ce phénomène.

Menée par l’équipe de Jeffrey Gordon, de la Washington University de Saint Louis (Missouri), cette étude révèle un peu plus l’importance de la flore intestinale, à l’interface entre notre alimentation et notre santé. Se formant au cours des premières années de vie, elle pourrait bien ne jamais récupérer de perturbations précoces, telles celles dues à la malnutrition infantile.

Les chercheurs ont étudié 64 enfants de la capitale du Bangladesh, Dacca, âgés de 6 à 20 mois. Souffrant de malnutrition sévère à modérée, ils ont été mis sous un régime alimentaire visant à leur faire regagner rapidement du poids [1]. Tout au long de ce traitement, l’équipe a analysé leur flore intestinale, par séquençage génétique effectué sur leurs selles.

Les chercheurs notent bien une amélioration, avec une diversification de la flore intestinale et un rapprochement avec celle observée dans un groupe contrôle d’enfants ne souffrant pas de malnutrition. Mais une fois l’intervention nutritionnelle achevée, la flore revenait rapidement à son état initial, celui d’une immaturité.

Des probiotiques en renfort?

Selon l’équipe, «de plus longues interventions avec des aliments thérapeutiques, existants ou nouveaux, ainsi qu’une addition de bactéries intestinales pourraient être nécessaires afin d’obtenir une restauration plus durable du microbiote intestinal», en vue de corriger son immaturité et d’améliorer l’état clinique de ces enfants. Les chercheurs se proposent même de mener des essais cliniques à ce sujet.

Dans un éditorial, Elizabeth Costello, microbiologiste à l’université de Stanford (Californie), doute de la possibilité de corriger une flore intestinale immature, une fois-celle-ci installée: «la composition d’une communauté [microbienne] mature pourrait dépendre du moment et de l’enchaînement  des espèces [bactériennes] arrivées plus tôt, et il serait alors très difficile de la reconstituer, par exemple par des probiotiques».

[1] Pour cela, ces enfants ont été nourris avec du «Plumpy nut», un produit à base de cacahuètes élaboré dans les années 1980 par des Français, désormais très utilisé pour lutter contre la malnutrition en Afrique et en Asie. Autre régime utilisé, le «Khichuri-Halwa», produit bangladais à base de riz et de lentilles.



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