La fin du nucléaire?

Le 28 avril 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Même à Olkiluoto (photo) la construction de réacteurs a repris de plus belle après Fukushima.
Même à Olkiluoto (photo) la construction de réacteurs a repris de plus belle après Fukushima.
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Les catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima n’ont pas signé l’arrêt du nucléaire. Cette source d’énergie connaît même un dynamisme certain.

Les électriciens de 31 pays exploitent 440 réacteurs électrogènes, pour une puissance totale installée de 380 gigawatts électriques (GWe). Avec 58 tranches en activité, EDF est le plus important d’entre eux, probablement suivi par le Russe Rosenergoatom (35 réacteurs) et l’Américain Exelon (23 tranches).

Cette flotte produit 2.400 térawattheures par an, soit environ 11% de l’électricité consommée mondialement. Suite à l’arrêt programmé de certains parcs (allemand et suisse notamment) et à la montée en puissance des énergies renouvelables, ce chiffre devrait légèrement baisser dans les prochaines années.

Pour autant, pour satisfaire la demande croissante d’électricité et la décarbonation de l’économie, les projets nucléaires ont rarement été aussi nombreux. D’ores et déjà, 66 réacteurs sont en cours de construction. Et des dizaines d’autres sont dans les tuyaux.

Contrat du siècle

Ce qui aiguise bien des appétits. Jamais dans la courte histoire de cette industrie la concurrence n’avait été aussi âpre. Les traditionnels constructeurs de réacteurs, européens (Areva, Rosenergoatom), japonais (MHE, Hitachi) et américain (Westinghouse) doivent affronter de nouveaux venus: chinois, sud-coréen. En 2009, ces derniers ont ravi aux Français le contrat du siècle, pour la construction de 4 tranches aux Emirats arabes unis.

Si, en Europe et en Amérique, la perspective de grand programme s’estompe, tel n’est pas le cas dans d’autres régions du monde. Ces 10 dernières années, la Chine a engagé la construction de deux tranches par an. Un rythme qui pourrait s’accroître prochainement. Essayant toutes les technologies (dont l’EPR français), l’Empire du milieu prévoit de se doter de 150 GWe à l’horizon 2030: 5 fois la capacité nucléaire actuelle!

La voie indienne

Exploitant une vingtaine de petits réacteurs, anciens pour la plupart, l’Inde mettra en service 6 nouvelles tranches d’ici la fin de l’année. Une trentaine d’autres sont prévues, dont 10 ont fait l’objet d’une commande ferme et doivent, en principe, injecter leurs premiers électrons vers 2023. Comme son puissant voisin, la plus grande démocratie du monde n’a pas fait le choix d’une filière unique: eau sous pression, eau bouillante, neutrons rapides, tout est bon pour produire de l’électricité. L’Inde prévoit même de construire un réacteur à thorium, ce qui constituerait une première mondiale.

Malgré les déboires de l’EPR finlandais et normand, l’Europe ne désarme pas totalement. Officiellement, le Royaume-Uni prévoit toujours de mettre en service une dizaine de nouvelles tranches d’ici 2030. Ce n’est pas gagné. La Pologne a programmé la construction de 6 GWe. En partenariat, les trois pays baltes construiraient bien un réacteur japonais en Lituanie, en remplacement des deux RBMK d’Ignalina, fermés dans les années 2000. Pas rancunière, la Biélorussie achève l’érection de deux réacteurs russes de 1.200 MWe unitaire à Ostrovets, à la frontière lituanienne.

Cogénération saoudienne

Pour réduire leur consommation d’énergie fossile, de nouveaux pays choisissent le nucléaire. L’Arabie saoudite est sur le point de lancer un appel d’offres international pour la réalisation de 16 réacteurs en 20 ans. Ils devraient non seulement fournir de l’électricité (dont la demande locale croit de 8% par an), mais aussi de la chaleur pour dessaler l’eau de mer. Une cogénération géante.

Exploitant déjà deux vieux réacteurs d’origine française, l’Afrique du Sud entend poursuivre son programme nucléaire. Pretoria se prépare à commander 6 tranches, pour une puissance légèrement inférieure à 10 GWe. Reste à savoir si la nation arc-en-ciel parviendra à financer ce coûteux équipement. Et à ce jeu, les industriels russes et chinois sont très performants.

Modernisation US

Avec une centaine de réacteurs en service, les Etats-Unis sont, de loin, le premier pays nucléaire du monde. Malgré de nombreuses incitations, fiscales notamment, rares ont été les mises en chantier de nouvelles tranches. La faute en revient essentiellement au boom des gaz non conventionnels (de schiste notamment) qui a rendu cette source d’énergie particulièrement attractive aux yeux des électriciens. Ce n’est pas tout. Les électriciens ont aussi lancé de grands programmes de modernisation de leurs centrales, gagnant en puissance, en rendement thermique et en disponibilité. A nombre de tranches pratiquement constant, la production du parc américain est passée de 577 à 809 milliards de kWh/an, entre 1990 et 2010.



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