La filière Bois présente sa feuille de route

Le 10 juillet 2012 par Geneviève De Lacour
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La forêt couvre 28% du territoire français
La forêt couvre 28% du territoire français

La filière du bois se structure. Une quinzaine d'organisations regroupées autour des deux principales instances interprofessionnelles du bois forêt ont présenté aujourd’hui 10 juillet à Paris leur projet, «Forêt-Bois pour la France». Une feuille de route collective qui vise à développer la filière, dans un contexte de changement climatique qui ne devrait pas épargner les massifs français.

60% seulement. C’est le taux d’exploitation du massif forestier français. La filière Bois Forêt est le deuxième poste le plus déficitaire de la balance commerciale française. La France importe, en effet, des produits bois à valeur ajoutée ainsi que des sciages résineux pour la construction mais exporte des grumes de feuillus et de résineux qui sont ensuite transformées à l’étranger. Les professionnels de la filière constatent que la forêt française n’est pas exploitée au mieux. Et ils rappellent la difficulté de l’exercice: la forêt française est privée pour les trois quarts; qui appartiennent à 3,5 millions de propriétaires. 500.000 d’entre eux possèdent plus de 4 hectares de bois.

Comment rendre la filière Bois plus performante? Avec les changements climatiques, quelles seront les essences de demain? Comment anticiper les changements d’un massif? Comment sortir le bois des forêts privées? Comment financer la transformation de la filière Bois-Forêt? Autant de questions posées par les deux interprofessionnelles du bois, France Bois Industries Entreprises (FBIE) et France Bois Forêts (FBF). Ensemble, elles ont présenté ce matin un projet de développement créateur d'emplois, permettant de «pérenniser la forêt dans le contexte du changement climatique tout en valorisant ses ressources».

«Si aujourd'hui en France, 22% des émissions de carbone sont neutralisées par la forêt et le bois, en 2020 le chiffre pourrait atteindre 30% avec ce projet», souligne Emmanuelle Bour-Poitrinal, déléguée générale de FBIE. A noter qu’un plan national d’adaptation au changement climatique a été lancé en juillet 2011.

Le projet «Forêt-Bois pour la France» vise, en premier lieu, à aider la forêt à s’adapter au changement climatique grâce à une politique de repeuplement en essences plus à même de résister au réchauffement. Il veut ensuite améliorer la valorisation du bois en instaurant une hiérarchie entre bois de construction, bois industriel et bois énergie -le bois à brûler venant en dernier. Ce projet vise également à améliorer la compétitivité des entreprises de la filière, mais aussi à développer l’utilisation des bois feuillus, la chimie verte et les biomatériaux.

La France exportant surtout du bois destiné à être transformé ailleurs, le projet propose de développer des scieries et entreprises de construction et d'isolation bois dans le pays. Une meilleure gestion des forêts permettra de produire près de 10 millions de mètres cubes supplémentaire de bois à l'horizon 2020 sans toucher au capital forestier et en préservant le puits forestier carbone.

En France, «si aujourd’hui 40 millions de plants forestiers sont plantés chaque année, en 1990, il s’agissait de 110 millions», rappelle Vincent Naudet, président des pépiniéristes forestiers. Qui précise qu’en Allemagne, dont le massif forestier est 30% moindre, on en plante 300 millions chaque année, et un milliard en Pologne.

Pour réaliser ce projet, ses auteurs se basent sur un financement de 250 millions d'euros par an à partir de 2014 qui pourrait être fourni par le retour des fonds obtenus par la vente aux enchères des crédits carbone des entreprises polluantes. A partir du 1er janvier 2013, en effet, la vente aux enchères des quotas d’émission de gaz à effet de serre (GES) dans le cadre du système européen d’échange fournira de nouvelles ressources financières à l’Etat.

Selon une directive européenne de 2003, les Etats pourront déterminer l'usage de ces fonds avec obligation d'en utiliser au moins 50% pour réduire les émissions de CO2, développer les énergies renouvelables, piéger le carbone par la sylviculture et améliorer l'efficacité énergétique des bâtiments.

Les forestiers et industriels du bois proposent au gouvernement de leur attribuer 25% de ces fonds, car leur filière répond à plusieurs des actions préconisées par Bruxelles. Le projet Bois Forêt envisage à cette fin la création d'un Fonds forestier stratégique carbone (FFSC) qui serait géré conjointement par l'Etat et les organisations interprofessionnelles.

«Mais il reste des points à éclaircir. Première étape, savoir si l'Etat prendra ou non une quote-part sur ces fonds et quels usages seront envisagés», s’interroge Laurent Denormandie, président de la Fédération nationale du bois (FNB), ajoutant que les organisations ont rendez-vous avec le gouvernement la semaine prochaine.

«En Allemagne, par exemple, l'Etat a décidé de consacrer 100% de ces revenus à des actions vertueuses pour l'écologie», précise Gwenaël Postec, un des principaux conseillers pour le projet.

Pour Hervé Le Bouler, responsable des politiques forestières nationales pour France Nature Environnement, «l’utilisation d’une partie des fonds carbone doit s’inscrire dans le cadre général de la politique forestière que nous appelons de nos vœux: pérenniser le puits de carbone forestier, les forêts françaises étant jeunes d’un point de vue biologique; mieux valoriser la ressource existante et rémunérer les services écosystémiques; optimiser les usages du bois en donnant la priorité aux usages nobles et durables; soutenir la transformation locale des produits et favoriser une gestion concertée à l’échelle des territoires».

Au moment où les professionnels du bois présentent leur projet, France Nature Environnement (FNE) s’inquiète de voir le changement climatique devenir un alibi pour un programme de plantations massives.

Bien que le projet présenté par la filière Bois Forêt rejoigne de nombreuses propositions de FNE, la fédération d’associations de défense de la nature regrette «qu’il conduise à instrumentaliser le changement climatique et l’«enjeu carbone» pour réclamer l’adaptation brutale de la forêt aux besoins conjoncturels de l’industrie du bois ou subventionner certains secteurs». FNE s’en inquiète: «Cette vision renvoie à un discours dépassé qui considère que sans plantations, la forêt française serait menacée».

Or, affirme la fédération, en France, «nous avons la chance que la forêt se renouvelle principalement de façon naturelle, sans avoir à recourir à des plantations coûteuses et à la réussite incertaine». Et FNE rappelle que l’enrésinement réalisé au siècle dernier a conduit à des échecs caractérisés (essences inadaptées, pertes de biodiversité…). Selon elle, «l’essence miracle» n’existe pas. «Face au changement climatique, la mise en œuvre d’un programme massif de plantations constituerait une fausse solution», affirme FNE dans son communiqué publié dans la foulée de la conférence de presse des professionnels du bois.

 



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