La fertilisation de l’océan au banc des accusés

Le 17 mars 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Une étude conduite par l’université de l’Ontario occidental révèle que la fertilisation artificielle de l’océan, l’une des voies explorées pour la séquestration du carbone, pourrait empoisonner certaines espèces de mollusques consommées par l’homme.

Voilà près de 20 ans que des scientifiques et quelques entrepreneurs essaient d’accroître les performances du principal puits de carbone de la planète: l’océan. Leur idée est simple: en semant des poussières de fer ou de cuivre à la surface de la mer, on apporte un formidable nutriment au phytoplancton. En effet, dans certaines régions océaniques, les algues sont carencées en fer. En présence d’un nouveau gisement, les populations de ces micro-végétaux marins explosent et absorbent de grandes quantités de gaz carbonique atmosphérique. Le carbone est ensuite envoyé par le fond, une fois que les petites plantes fanent ou sont absorbées par des zooplanctons.

Depuis le début des années 1990, une quinzaine d’expériences, grandeur nature, de «fertilisation» ont été menées avec plus ou moins de succès dans différentes régions du Pacifique, de l’Atlantique et de l’océan Austral. Jusque-là, personne ne s’était intéressé aux conséquences sanitaires de cette technique. C’est chose faite. A l’initiative du biologiste Charles Trick, de l’université de l’Ontario occidental, une équipe d’océanographes canadiens et américains a cherché d’éventuels effets indésirables des efflorescences d’algues artificielles. Publiés dans les Annales de l’Académie des sciences américaine (Pnas), leurs travaux portent un rude coup à la fertilisation océanique (1).

Après analyse d’échantillons d’eau de mer, prélevés lors des expériences de fertilisation, les chercheurs ont établi que l’épandage de fer ne profite pas seulement au phytoplancton, mais aussi à Pseudo-nitzschia. Toxiques, ces diatomées produisent une neurotoxine (l’acide domoïque ou phycotoxine amnestique), qui peut s’accumuler dans les poissons et dans les mollusques bivalves filtreurs, telles les moules, les pétoncles ou les huîtres. Chez l’homme, une intoxication à l’acide domoïque déclenche de graves troubles rénaux pouvant entraîner la mort. L’acide domoïque est également soupçonné d’être à l’origine d’intoxication d’oiseaux et de mammifères marins. Dans les années 1950, un incident de ce type inspira Daphné du Maurier pour son recueil de nouvelles Les Oiseaux, adapté au cinéma par un certain Alfred Hitchcock.

L’article inquiète les partisans de la séquestration océanique du carbone. Dans un communiqué, mis en ligne lundi 15 mars, la société Climos tente de minimiser la découverte de Charles Trick. «Si la fertilisation artificielle de l’océan par le fer produit des efflorescences riches en acide domoïque, il est probable qu’un tel phénomène puisse aussi se produire naturellement», écrit la société californienne.

(1) «Iron enrichment stimulates toxic diatom production in high-nitrate, low-chlorophyll areas» Trick C. et al, PNAS (publié en ligne le 15 mars 2010)


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