La fermeture de Fessenheim est actée par décret

Le 19 février 2020 par Stéphanie Senet
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Le compte à rebours est lancé
Le compte à rebours est lancé
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Les deux réacteurs de la plus vieille centrale nucléaire française s’arrêteront respectivement les 22 février et 30 juin, selon l’arrêté publié ce 19 février au Journal officiel, qui entérine la demande faite par EDF en septembre.

Huit ans après la promesse du président Hollande, le réacteur n°1 de la centrale de Fessenheim sera bel et bien stoppé le 22 février à 2h30 du matin. Une annonce difficile à croire tant cette fermeture a été reportée à maintes reprises. Publié au Journal officiel, le décret abroge pourtant, noir sur blanc, l’autorisation d’exploitation accordée à EDF à partir du 22 février (réacteur n°1) et du 30 juin (réacteur n°2).

Sécurité juridique

Surtout, le texte a été publié après la demande formelle d’EDF, envoyée le 30 septembre dernier au gouvernement. Une condition sine qua non pour garantir la fermeture effective de l’installation, selon l’article L 593-26 du code de l’environnement. Le premier décret de fermeture, signé par Ségolène Royal le 8 avril 2017, avait été annulé par le Conseil d’Etat le 25 octobre 2018 pour avoir omis cette étape. Cette fois-ci semble la bonne.

Rééquilibrage du mix électrique

«C’est une première étape dans la stratégie française de rééquilibrage entre l’électricité d’origine nucléaire et celle d’origine renouvelable», a déclaré le Premier ministre par voie de communiqué. Edouard Philippe a ajouté que le projet de territoire pour Fessenheim a été finalisé en février 2019. EDF a par ailleurs obtenu de l’Etat une indemnisation s’élevant à 400 millions d’euros en 4 ans pour couvrir les dépenses liées à la fermeture anticipée de la centrale. La ministre de la transition écologique a assuré qu’il n’y aurait «aucune perte d’emploi». «Il y aura aussi un accompagnement particulier pour les sous-traitants, pour les commerçants et pour tous ceux qui vivaient avec la centrale», a déclaré Elisabeth Borne.

Arrêt progressif

EDF, qui n’a publié aucun communiqué, a déclaré à l’AFP que l’arrêt en douceur du réacteur n°1 à eau pressurisée de 900 mégawatts débutera vendredi 21 février à 20h30, selon une procédure identique à celle utilisée pour les phases de maintenance. La pression et la température, qui atteignent 306,5°C et 155 bars à pleine puissance, baisseront progressivement dans le circuit primaire du réacteur et «lorsque le réacteur atteindra 8% de sa puissance, il sera découplé, c’est-à-dire déconnecté du réseau électrique national».

Avenir encore incertain

«C’est juste un point d’étape. Il y a encore plein de dangers liés à la fermeture. Pendant au moins trois ans, le combustible nucléaire restera dans les piscines de décontamination, qui ne sont pas bunkérisées et dont les toitures sont seulement constituées de tôle», nuance André Hatz, président de l’association Stop Fessenheim.

Le réseau Sortir du nucléaire souligne quant à lui les risques que cumulait Fessenheim : «vieille, elle enchaînait les pannes, était vulnérable par son implantation sismique et se situait en contrebas du canal d’Alsace».

L’évacuation des combustibles devrait être réalisée d’ici à l’été 2023. Ensuite, le démantèlement du site devrait quant à lui durer jusqu’à 2040. Mais le plan d’EDF reste encore flou, comme l’a souligné l’Autorité de sûreté nucléaire le 3 février. L’ASN demande notamment des précisions sur «la justification du scénario de démantèlement et de ses opérations préparatoires, l’état des équipements qui seront employés pour les opérations de démantèlement, ainsi que la gestion des déchets.»

Mise en service en 1977, la doyenne des centrales françaises vit ses dernières heures d’activité. Après 42 ans de service. Et de nombreuses polémiques. Quatorze réacteurs devraient connaître le même sort d’ici à 2035, selon la loi énergie climat, pour réduire la part du nucléaire à 50% de la production électrique.