La FDA sommée de lutter contre l’antibiorésistance

Le 15 juin 2011 par Romain Loury
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Plusieurs associations américaines de consommateurs ont lancé une procédure judiciaire contre la Food and Drug Administration (FDA), afin qu’elle limite l’utilisation des antibiotiques dans les élevages.
 
«La mauvaise utilisation des antibiotiques a entraîné une dangereuse croissance de l’antibiorésistance. Les bactéries sont de plus en plus résistantes non seulement à un, mais à plusieurs antibiotiques, ce qui les rend plus difficiles à traiter, avec des séjours hospitaliers plus longs et plus coûteux, plus de risques de mortalité», rappellent les 5 associations [1] dans leur plainte.
 
Dans leur ligne de mire, l’usage des antibiotiques comme promoteurs de croissance et à titre préventif [2]. Mélangés à l’eau et à la nourriture, ces médicaments y sont dans les deux cas utilisés à des niveaux «subthérapeutiques», c’est-à-dire inférieurs à ceux utilisés pour le traitement des animaux. Or c’est justement ce sous-dosage qui favorise l’émergence des résistances.
 
Les 5 plaignants appuient leur argumentaire sur l’un des principes fondateurs de la FDA, selon lequel l’agence doit interdire tout médicament animal dès lors qu’il n’est pas avéré sûr. Or les risques sanitaires d’antibiotiques à des niveaux subthérapeutiques chez l’animal ont été reconnus par la FDA dès 1977. Qui n’a pourtant jamais interdit cette pratique.
 
Autre grief des associations, l’agence n’a jamais répondu à deux précédentes pétitions qu’elles lui ont adressées en 1999 et 2005. Selon son règlement, la FDA est tenue d’y répondre dans un délai de 180 jours.
 
Sans plus attendre de réponse à ces deux pétitions, l’un des 5 plaignants, le CSPI, vient d’en lancer une troisième, cette fois auprès du département d’Etat à l’agriculture (USDA). Il y demande l’inscription des salmonelles antibiorésistantes sur la liste des contaminants à surveiller. Au même titre que l’E. coli de type O157, qui figure sur cette liste depuis 1994 [3].
 
Sa pétition cible 4 types particuliers de salmonelles, les souches Heidelberg, Newport, Hadar et Typhimurium. Parmi leurs derniers faits d’armes, du bœuf contenant une souche Newport antibiorésistante a rendu 40 personnes malades en 2009. En 2011, ce sont 12 personnes qui l’ont été après avoir consommé des hamburgers de dinde surgelés, contaminés par une souche Hadar résistante.
 
 
[1] Ces 5 associations sont le Natural Resources Defense Council (NRDC), le Center for Science in the Public Interest (CSPI), le Food Animal Concerns Trust (FACT), Public Citizen et l’Union of Concerned Scientists (UCS).
[2] En Europe, l’utilisation des antibiotiques comme promoteurs de croissance des animaux est interdite depuis 2006. Elle n’est plus permise qu’à titre préventif ou thérapeutique.
[3] Constat évocateur: le taux d’infections par E. coli O157 a baissé de 44% entre 1996 et 2010, tandis que celui de salmonelles n’a pas changé. Il aurait même augmenté de 10% depuis 2006, selon des chiffres (http://www.cdc.gov/mmwr/preview/mmwrhtml/mm6022a5.htm?s_cid=mm6022a5_w) des centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC, selon l’acronyme anglais).


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