La faune sauvage à l’épreuve des chats domestiques

Le 23 janvier 2018 par Marine Jobert
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Chat à l'affût.
Chat à l'affût.
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Les 13 millions de chats domestiques que compte la France mangent chaque année des millions d’oiseaux, de reptiles et de mammifères. Dans le contexte d’effondrement de la faune sauvage ordinaire, il était temps d’éduquer les propriétaires de chat pour diminuer ces prédations. La Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) lance une campagne, alors que les premiers chiffres d’une étude participative sont publiés dans le JDLE.

Installer une grille à picots sur le rebord de la fenêtre. Faire stériliser son chat. Entourer le tronc de l’arbre à mangeoire d’un tube de PVC. Programmer un arrosage automatique avec détecteur de mouvement. Voilà quelques-unes des «solutions concrètes» que la LPO a choisi de proposer à ses adhérents pour diminuer la prédation de la petite faune sauvage par les chats domestiques. Car les alertes se multiplient depuis une décennie sur les hécatombes imputables aux félins. Avec des chiffres faramineux (quoique extrapolés à partir du nombre de chats, sans consolidation sur le terrain). Ainsi, une étude de 2003 estimait que les 9 millions de chats du Royaume-Uni avaient tué 57 millions de mammifères et 27 millions d’oiseaux.

+100% de prédations pour les oiseaux

En France, les chiffres font encore défaut. Mais les résultats d’une étude participative lancée en 2016 par le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) sont en train de lever un coin du voile sur l’étendue des prédations. Et elles sont en nette augmentation, à l’image du nombre de matous, dont la présence dans les foyers a été multipliée par deux entre 1990 et 2015, passant d’environ 6 millions à 13 millions en 2015. «Pour les seuls oiseaux bagués, les prédations ont augmenté de 50 à 100% selon les zones géographiques considérées, détaille Philippe Clergeau, professeur du MNHN. Et ces chiffres sont probablement très sous-estimés, car «les chats férals [retournés à l’état sauvage, qui se nourrissent exclusivement de prédations, ndrl] n’apparaissent pas dans les enquêtes».

Un quart des passereaux décimés par les chats

Sur la base des quelque 20.000 observations remontées par les participants à l’étude (propriétaires ou non de chats), le tableau de chasse de Minou se décomposerait de la façon suivante: 68% des proies sont des mammifères[1], 23% des oiseaux et 9% des reptiles. Autant d’animaux déjà confrontés à des pratiques agricoles délétères pour leur survie. Si l’on affine ces données, il apparaît que le chat fait autant de dégâts chez les passereaux que les collisions contre les vitres dans lesquelles foncent les piafs. Soit un quart des décès observés pour ce taxon, avec de grandes différences selon l’espèce observée. «L’impact est maximal sur les espèces granivores comme le verdier, qui cherchent leur nourriture au sol, précise Philippe Clergeau, qui dirige une équipe de recherche au centre d’écologie et des sciences de la conservation (CESCO) au MNHN. Les petits pouillots ou les fauvettes, plus familiers des buissons, sont moins prédatés.»

Un sujet délicat

Le positionnement de la LPO, très mobilisée sur l’effondrement de la faune ordinaire tout en étant sensible aux affections félines de ses adhérents, n’a pas été évident à définir. «Une cohabitation est possible», estime Anne-Laure Dugué, responsable du programme ‘Oiseaux en détresse’. L’association de protection de la nature a choisi de proposer des solutions «efficaces et acceptables». «C’est un sujet délicat, car les propriétaires de chat se sentent vite attaqués. Il s’agit de trouver le bon ton et le bon contexte pour que les gens ne réagissent pas trop violemment, analyse François Moutou, ancien vétérinaire. «On a peut-être porté les animaux à un tel niveau ‘hors nature’ qu’il faut assumer les conséquences de cette densité et trouver des parades pour que la faune sauvage ne disparaisse pas», s’interroge le président d’honneur de la Société française pour l’étude et la protection des mammifères (SFEPM).

Pas de solutions extrêmes

Le message de la LPO se veut sans fard: «Le chat est un prédateur et son impact est conséquent.» Pas question pour autant d’admonester ou de culpabiliser les propriétaires de chat: «Si l’on veut inverser la tendance, sachant que beaucoup de nos sympathisants ont des chats, il faut trouver un juste milieu. Nous n’avons pas envie d’adopter des solutions extrêmes et radicales.» «On peut toujours dire qu’il faut équiper les chats de collier à clochette [pour faire fuir les oiseaux], mais il serait plus utile de faire comprendre aux gens qu’il faut arrêter de nourrir les bandes de chats ou qu’il faut faire stériliser leur animal», conclut Philippe Clergeau. La stérilisation, c’est l’un des conseils délivrés par la LPO.



[1] Dont un tiers sont menacés (voir ici).

 



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