La faible traçabilité européenne du cheval

Le 20 février 2013 par Romain Loury
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Les contrôles restent imparfaits.
Les contrôles restent imparfaits.

Phénylbutazone, plats cuisinés… les diverses affaires de viande équine soulignent les nombreuses failles de traçabilité et de contrôle des chevaux au sein de l’UE.

Si tous les regards se portent sur la société Spanghero, fortement suspectée d’avoir transformé du cheval en bœuf, le scandale de la viande de cheval recèle en réalité plusieurs affaires. Suite à la révélation en janvier de traces de cheval dans des steaks irlandais, le Royaume-Uni a ainsi mis en évidence deux autres filières d’utilisation non déclarée de cette viande, l’une impliquant un abattoir polonais, l’autre des professionnels britanniques.

Autre affaire dans l’affaire, les diverses carcasses de cheval imprégnées de phénylbutazone, anti-inflammatoire interdit dans la chaîne alimentaire, que le Royaume-Uni expédie régulièrement en France. Le système européen d’alerte rapide pour les denrées alimentaires et les aliments pour animaux (RASFF) porte ainsi trace de 9 alertes en 2012 et 2013, dont 3 le 19 février.

Ces 9 cas pourraient ne constituer que la partie émergée de l’iceberg: sur les carcasses testées en 2012 au Royaume-Uni, 6% étaient positives à la phénylbutazone. Or environ 9.000 chevaux sont abattus chaque année dans le pays, en général pour une consommation française: ce sont donc théoriquement 540 carcasses contaminées qui auraient atterri dans nos assiettes l’année dernière, à la barbe des autorités.

Le problème serait en passe d’être réglé, espère la Food Standards Agency (FSA), agence britannique en charge de la sécurité des aliments: depuis fin janvier, les tests de phénylbutazone doivent être pratiqués sur toutes les carcasses, et pas seulement sur quelques-unes au hasard comme c’était jusqu’alors l’usage. Le résultat est désormais connu en 48 heures, contre deux semaines auparavant, délai qui explique pourquoi les carcasses contaminées ont pu être exportées. Il peut donc espérer que les 3 alertes du 19 février soient les dernières.

Outre la rareté de certains contrôles à l’entrée des abattoirs, en l’occurrence britanniques, ces diverses affaires de viande de cheval démontrent l’insuffisance de la traçabilité du cheval. Selon le règlement européen n°504/2008, tout cheval européen doit désormais être porteur d’une puce électronique et détenir un passeport. Un document qui doit, entre autres, mentionner le traitement médicamenteux suivi par l’animal au cours de sa vie, ainsi que son éventuelle exclusion du circuit alimentaire. Parmi les motifs d’exclusion, l’utilisation de phénylbutazone, interdite dans toute l’UE.

«Ce système peine à fonctionner, car il n’y a aucune garantie réelle que le passeport équin reste avec l’animal toute sa vie», ce qui ouvre la porte à de possibles «passeports en duplicata», explique la Fédération des vétérinaires d’Europe (FVE) dans un communiqué. Seule solution, la mise en place d’un registre européen électronique, qui recenserait tout cheval né ou élevé dans l’UE.

En France, chaque cheval bénéficie déjà d’un livret «Sire» (système d’identification répertoriant les équidés), délivré par l’Institut français du cheval et de l’équitation (IFCE, ex-Haras nationaux), qui tient en outre une base électronique Sire répertoriant tous les chevaux du pays. Un système centralisé qu’il ne serait pas trop difficile d’intégrer à un futur registre européen… à la différence d’autres pays européens, dont le Royaume-Uni, où «chaque race dispose d’un stud-book [1], avec sa propre base de données», indique l’IFCE, contacté par le JDSA.

D’autres pays semblent avoir quelques soucis à recenser leurs chevaux. C’est manifestement le cas de la Suède, dont l’association de l’industrie équine (HNS) évoque des disparitions inexpliquées de 4.000 à 9.000 chevaux par an dans le pays. Selon ses calculs, 20.000 chevaux sur les 360.000 que compte le pays devraient mourir chaque année, or seuls 14.000 décès sont déclarés chaque année… Au total, ce sont 100.000 chevaux suédois qui ont disparu des statistiques depuis 2000.

Interrogé par la presse suédoise, un représentant des autorités d’inspection animale évoque la possibilité de leur acheminement à l’étranger, notamment au Danemark, en Belgique ou en Italie, dont les abattoirs achètent les chevaux 2 à 4 fois plus cher qu’en Suède.

[1] «Un stud-book est un répertoire dans lequel sont inscrits tous les reproducteurs et poulains portant l’appellation d’une race ainsi que les naisseurs français», définit l’IFCE.



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