La face cachée de l’économie collaborative

Le 23 juin 2016 par Stéphanie Senet
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Le Repair Café, l'un des succès de l'économie collaborative
Le Repair Café, l'un des succès de l'économie collaborative

L’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri) a publié, ce 23 juin, une étude montrant que l’économie collaborative n’est pas toujours à la hauteur de ses promesses écologiques.

 

Louer, c’est plus écolo qu’acheter? Impossible à dire en l’état, conclut la dernière publication du projet PICO[1], mené par l’Iddri en partenariat avec l’ESCP, OuiShare, Zero Waste France, l’Université de Reims, de Paris Sud et de Paris Dauphine. Pour mesurer l’impact réel de l’opération sur l’environnement, il faut procéder à une analyse détaillée.

Car l’économie collaborative est une famille hétéroclite. Elle regroupe des acteurs aussi différents que des jeunes start-up du web en mal de notoriété, des enseignes bien installées et des associations de quartier à vocation militante.

Pour s’attaquer au mastodonte, les auteurs se sont donc focalisés sur plusieurs plates-formes ou structures gérant des biens matériels: les FabLab (des lieux où des outils sont mis à disposition du public), les Repair Cafés (ateliers de réparation) et les sites internet comme Le Bon Coin, Place de la Loc, kikakwa, recupe.net et commentreparer. Autant d’acteurs représentatifs du secteur puisque les produits qui y sont échangés (de l’équipement électrique et électronique au mobilier) représentent un tiers des déchets ménagers produits dans l’Hexagone, selon une étude publiée en 2014 par l’Iddri.

 

Des objets inutiles et des achats compulsifs

Pour être écolo, l’opération (réparation, achat ou vente d’occasion, échange) doit tout d’abord porter sur un produit utile. Dans ce secteur, comme dans la vraie vie, il existe des comportements relevant de la surconsommation (achat de biens superflus) ou d’achats compulsifs (excès de bonnes affaires ou de produits neufs qui seront revendus d’occasion). C’est ce que les chercheurs nomment des «effets rebonds». Mieux vaut éviter de vendre son iPhone récent sur Le Bon Coin pour s’acheter le dernier de la gamme à l’état neuf.

Un secteur boudé par les pouvoirs publics
Les travaux de l’Iddri montrent que ces structures sont peu soutenues par les pouvoirs publics. S’il existe des aides à la création (financières et administratives), les structures de l’économie collaborative pourraient être davantage associées aux collectivités. En favorisant la réparation et en évitant des déchets, les Repair Cafés aident ainsi à atteindre les objectifs de prévention définis aussi bien au niveau national qu’au niveau européen. Tout comme l’application Checkfood (dons de nourriture) participe activement à réduire le gaspillage alimentaire, à condition de bénéficier d’une campagne de communication publique…

 

 

Combien de kilomètres?

Deuxième paramètre à prendre en compte: le nombre de kilomètres. Pour être intéressante sur le plan environnemental, l’activité doit être réalisée dans un périmètre restreint. Or, dans un cas sur deux, un acheteur du Bon Coin réalise un trajet supérieur à 10 km, relève l’étude, qui s’appuie sur des entretiens menés avec une trentaine de porteurs de projets, 70 utilisateurs de plates-formes, et une vingtaine de décideurs publics. Une chose est sûre: «La proximité des échanges apparaît cruciale pour garantir un bilan environnemental positif». Le vélo d’occasion, mieux vaut l’acheter dans son quartier plutôt que de parcourir 200 km en voiture.

D’autres travaux similaires sont lancés. L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) prépare ainsi une étude sur les impacts de l’économie collaborative sur la durabilité, selon Mathieu Orphelin, son directeur à l’économie circulaire.

 

 

 



[1] Pionniers du collaboratif

 



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