La Fabrique écologique propose sa solution au ‘problème Loup’

Le 10 janvier 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le loup souffre d'un manque de politique lupine.
Le loup souffre d'un manque de politique lupine.
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Alors que le gouvernement engage une concertation d’un mois sur son projet de plan Loup 2018-2023, la Fabrique écologique présente son programme, un peu plus ambitieux que celui porté par l’Hôtel de Roquelaure.

 

Présenté le 12 décembre dernier, le plan Loup de Nicolas Hulot vise principalement à alléger des conditions de tir, à créer une brigade de bergers mobiles et à expérimenter de nouvelles pratiques d’effarouchement du prédateur (le loup).

Insuffisant pour le groupe de réflexion (think tank) créé par Géraud Guibert. Dans la note qu’elle publie ce mercredi 10 janvier, la Fabrique commence par jeter un coup d’œil dans le rétroviseur de l’histoire. En rappelant par exemple que le dossier, vieux de presque 30 ans, a toujours été marqué du sceau du secret. C’est la presse, en 1993, qui a révélé le retour dans le Mercantour du canidé[1], pas les services de l’Etat ou du parc national.

Pas de politique lupine

Autre difficulté, toujours actuelle: jamais la France n’a défini de politique lupine, avec des objectifs (combien de loups, sur quelle surface, avec quelle limite) et des moyens. Il est vrai que la connaissance scientifique, sur laquelle devrait s’appuyer pareille stratégie, reste fragmentaire. Et malgré les compétences de certains agents de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) et de quelques biologistes, «l’éthologie du loup reste peu explorée en France». Périlleux de réglementer ce que l’on ne connait pas.

Last but not least, l’inefficacité de l’action publique, qui peut se résumer à la définition, par les parties prenantes, d’un quota de loups à tuer chaque année. Une régulation qui ne rassure ni les défenseurs du pastoralisme ni ceux du canidé. A cela, il faut ajouter les lourdeurs administratives qui pénalisent un peu plus les éleveurs dont les troupeaux ont subi des attaques.

Chassé par le recul des forêts

Pour la Fabrique, une évolution rapide de cette non-politique est souhaitable. Ayant trouvé l’environnement français à son goût, le loup poursuit son développement. A la fin de cet été, l’ONCFS comptait 52 meutes contre 35 un an auparavant. Du foyer alpin original, les loups se sont répandus dans de nombreuses régions: du Massif central aux Pyrénées, en passant par l’est du bassin parisien et la Somme. Ce faisant, il ne fait que reconquérir les territoires dont il avait été chassé aux XIXe et XXe siècle, avec notamment le recul des forêts.

Hausse de la prédation

Symbole de biodiversité retrouvée, le retour d’Ysengrin ne peut satisfaire les éleveurs. Ces derniers soulignent la progression de la prédation des animaux d’élevage: 1.500 bêtes probablement tuées par les loups en 2000, 3.800 en 2005, 4.920 en 2011, 8.964 en 2015 et 10.234 l’an passé. Avec des coûts qui commencent à peser. Renforcer la présence humaine dans les alpages, planter des clôtures, dresser des chiens de défense, payer les agents spécialisés de l’ONCFS, dédommager les éleveurs ayant subi des pertes coûte bon an mal an une trentaine de millions d’euros par an. Moins de 4 millions sont consacrés à l’indemnisation des bergers.

Concertation. Comme il s’y était engagé, le ministère de la transition écologique a lancé, le 8 janvier, la consultation sur son projet de plan Loup 2018-2023. L’exercice était attendu. En trois jours, 745 commentaires ont été publiés sur le site du ministère.

Pour tenter d’améliorer les relations avec Canis lupus, les experts mandatés par la Fabrique préconisent, dans un premier temps, d’investir dans la création d’un medium d’information «qui devra se faire l'écho de toutes les informations recueillies sur le sujet du loup, et les classer selon leur degré de fiabilité». Une façon de réduire le volume des informations fausses ou truquées (Fake News), sources de tension entre opposants et partisans du canidé. Sans surprise, la note appelle au développement de la recherche. Des efforts devront être conduits sur une meilleure compréhension des interactions loups/troupeaux, de l’éthologie du loup, de l’efficacité réelle des moyens de défense. Sans oublier le développement de systèmes de protection non létaux «susceptibles d’assurer une efficace dissuasion auprès des troupeaux».

Quelle réponse aux attaques?

Le groupe de réflexion milite pour la création d’une doctrine de réponse aux attaques. Celle-ci pourrait, par exemple, définir la taille de la population de loups pour 4 ans, un plafond de prélèvements annuel et privilégier l’usage du tir de défense simple au détriment des tirs de prélèvement. Des expérimentations pourraient avoir lieu dans les zones cœur des parcs nationaux. L’Etat se chargeant de couvrir tous les coûts des moyens de protection, autres que les tirs de défense.



[1] Il s’agissait alors d’un couple venu d’Italie.

 



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